Covid-19 : Branle-bas de combat des industriels du Grand Est pour produire des « boucliers de protection » par impression 3D le 23 mars 2020. Produire les équipements de protection dont manquent le personnel soignant durant la crise sanitaire du coronavirus.

, par christophe Juppin

Des industriels se mobilisent pour mettre au point du matériel destiné à protéger les soignants. 3D Métal Industrie y tient un rôle central. L’idée est que des centres d’impression dispersés sur le territoire puissent produire des pièces de boucliers. L’assemblage aurait lieu dans des « îlots » travaillant en confinement, sans contacts extérieurs. « Il pourrait y avoir des îlots à Charleville, Reims, Troyes ou Metz ».

Une véritable force d’intervention est en train de se constituer dans le Grand Est pour produire les équipements de protection dont manquent le personnel soignant durant la crise sanitaire du coronavirus. Après avoir lancé un test de masque chirurgical par impression 3D, l’entreprise rémoise 3D Morphoz a réalisé un « bouclier de protection » en plexiglas.

Porté en plus d’un masque chirurgical, il est censé protéger le visage du personnel soignant d’éventuels postillons de personnes porteuses du virus, et ce, en dehors des salles de réanimation. « Nous avons réalisé un prototype d’après un fichier open source (NDLR : libre de droits) que nous avons remis au CHU de Reims ce lundi 23 mars 2020. Le CHU doit l’étudier et revenir vers nous », explique Mehdi Sellami, gérant de 3 Mophoz.

« Nous allons en quelques jours mettre sur pied une usine numérique »

Pour passer du prototype à la production, un groupe informel d’acteurs de l’impression 3D s’est fédéré ces jours derniers autour de Renaud Mignolet, président de 3D Métal Industrie, consortium de Charleville-Mézières, constitué par des industriels pour la production de moules en sable pour la fonderie. « Des acteurs nous rejoignent de toute la France. Nous allons en quelques jours mettre sur pied une usine numérique », se réjouit Renaud Mignolet.

L’idée est que des centres d’impression dispersés sur le territoire puissent produire des pièces de boucliers. L’assemblage aurait lieu dans des «  îlots » travaillant en confinement, sans contacts extérieurs. « Il pourrait y avoir des îlots à Charleville, Reims, Troyes ou Metz », indique Renaud Mignolet. Des industriels de toutes spécialités sont en train de rejoindre la dynamique.

Les imprimeurs 3D cherchent à simplifier les plans de leur prototype pour faciliter la fabrication en série. Mais il se pose une question d’approvisionnement en matière première. «  Il faut que nous trouvions du plexiglas et des élastiques adaptés », précise Mehdi Sellami. La communauté pourrait être aidée par l’association des acheteurs publics (ARSEG) qui viennent de constituer eux aussi un groupe d’aide en vue de soutenir les services hospitaliers.

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Message de Mehdi SELLAMI "Nous sommes en train de produire, comme beaucoup de monde en France, ces boucliers de protection pour les CHU qui commencent à arriver en rupture de stock (et je ne parle même pas des autres établissements de santé).
Vous êtes un professionnel ou un particulier, vous souhaitez participer à cette initiative collective en mettant vos moyens de production à disposition. N’hésitez pas à me contacter, nous avons besoin de toute l’aide possible.
Merci à toute l’équipe du groupe fabrication collaborative : https://www.linkedin.com/groups/13841410/ "

Pourquoi attendre que des cargaisons de masques parviennent de Chine alors qu’on pourrait en produire un peu partout en France grâce à l’impression 3D ? C’est une idée lancée par les entreprises du secteur et un scénario sérieusement envisagé en Europe. La Commission européenne a demandé le 17 mars 2020 à l’Association européenne pour l’industrie de l’impression en 3D (CECIMO) quelles étaient les forces de production disponibles. En France, les pôles de compétitivité sont sur le pied de guerre. Aerospace Valley, à Toulouse, est chargé de synthétiser les réponses venues de toute la France dont Reims.

« Nous avons une dizaine de machines, nous ne pouvons pas produire un million de pièces d’un seul coup »

« Nous nous sommes fait référencer, nous sommes prêts et disponibles, nous attendons la suite  », indique Mehdi Sellami, gérant et cofondateur de 3D MorphoZ, une entreprise rémoise de trois salariés. «  Nous avons une dizaine de machines, nous ne pouvons pas produire un million de pièces d’un seul coup mais répondre rapidement à une demande de proximité  », précise l’entrepreneur sensibilisé par cette possibilité par Emmanuel Chochoy, « ambassadeur » Invest in Reims.

L’idée est donc que les dizaines de centres d’impression 3D de France puissent produire pour des établissements hospitaliers ou des professionnels de santé proches. Le CHU de Reims et le groupe Courlancy ont déjà été contactés.

Grâce à des fichiers gratuits téléchargés aux États-Unis, 3D MorphoZ a lancé jeudi 19 mars 2020 après-midi ses premiers tests de production de masques chirurgicaux. Ces protections reposeraient sur un système de chicanes pour assurer la sécurité sanitaire des utilisateurs. La jeune entreprise rémoise teste aussi l’impression 3D de valves de respirateurs. La production, en Italie, de ces pièces par des imprimantes 3D, a eu un fort écho en ce début de semaine.

Rien ne dit que les masques chirurgicaux et les valves seront totalement efficaces ou rapidement conformes aux normes mais ils auront au moins l’avantage de la disponibilité. Chaque jour, dans la Marne, les professionnels ont besoin de 14 000 masques, indiquait jeudi soir le préfet Pierre N’Gahane, lors de son point presse quotidien.

Si les imprimeurs 3D n’ont pas l’intention de faire payer leurs services, ils recherchent des moyens de financer la matière première.

L’une des solutions peut venir du ministère de la Défense qui a lancé le 19 mars 2020 un « appel à projets de solutions innovantes pour lutter contre le COVID-19 » doté d’une enveloppe de 10 millions d’euros. « Nous pouvons déposer un dossier  » estime Emmanuel Chochoy, ambassadeur « Invest in Reims », qui active ces jours-ci ses réseaux sur le front de la solidarité.


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Publié par Julien Bouillé le 23 mars 2020 sur https://www.lunion.fr

Publié par Julien Bouillé le 23 mars 2020 sur https://www.lunion.fr


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