Carlos Tavares dénonce l’« amateurisme atterrant » de l’Europe le 4 mars 2019 « Treize millions de salariés sont otages d’un débat de société »

, par christophe Juppin

Dans une interview donnée au Figaro du lundi 4 mars 2019 n° 23188 en page 22 et 23, le patron de PSA et président de l’Association Européenne des Constructeurs Automobile déplore une politique européenne qu’il juge défaillante et incohérente. Il fustige la décision du Parlement de Strasbourg de réduire de 40 % les émissions de CO2. C’est « un vote contre l’industrie européenne » qui « met en risque les 13 millions de personnes qui travaillent dans notre industrie », s’indigne-t-il.

«  C’est une violence, avec un V majuscule, qui est imposée aux constructeurs automobiles ». Carlos Tavares le dit fermement, la décision des autorités européennes d’obliger les constructeurs à abaisser de 40% leurs émissions de CO2 d’ici 2030 constitue selon lui un « diktat ».

Selon lui, il s’agit même d’une forme de vendetta des autorités européennes contre l’industrie automobile tout entière, après le scandale du Dieselgate chez Volkswagen. «  Les autorités ont été ulcérées par l’affront de la tricherie d’un constructeur » dit-il. Mais « cela les ont conduites à faire l’amalgame avec tout le secteur. Le vote du Parlement Européen est un vote contre l’industrie européenne, c’est une revanche » estime Carlos Tavares.

Déficit de confiance et dialogue de sourds

Une décision aux lourdes conséquences pour l’ensemble de l’industrie sur le long terme, alors que les géants de l’automobile se sont lancés dans une course effrénées aux investissements, notamment dans l’électrification et l’autonomie. Une intransigeance coupable de l’Europe, doublée d’un refus de toute discussion selon lui.

«  Nous sommes enfermés dans cette surdité » dit Carlos Tavares, qui déplore un déficit de confiance généralisé entre industriels, politiques et même consommateurs, dit-il. Il remarque que «  La Commission n’a jamais donné le moindre signe de vouloir engager une discussion constructive. L’Union Européenne nous a totalement ignorés ».

Risque de choc social

Le président de PSA estime que les instances européennes ont fixé des règles et des caps sans véritable conscience des retombées économiques et sociales que cela allait entraîner. « Les 13 millions de salariés du secteur automobile européens sont otages d’un débat de société » déplore-t-il.

«  Depuis 2 mois, le secteur a déjà annoncé la suppression de 20.000 postes. La volonté d’imposer la correction de trajectoire de l’industrie a parfaitement réussi. Veut-on aller plus loin encore ? Très bien ! Les entreprises s’adapteront. Mais cela met en risque l’ensemble des personnes qui travaillent dans notre industrie », déclare Carlos Tavares.

Résilience des entreprises

Car selon lui, les entreprises du secteur vont être renvoyés à des réflexes de survie, De nombreux projets de véhicules électriques seront présentés au Salon automobile de Genève qui ouvre ses portes le 7 mars 2019. Carlos Tavares, président du directoire de PSA et qui vient de présenter des résultats historiques pour Peugeot et Citroën, analyse les incohérences de l’Union européenne dans sa politique en faveur de la voiture électrique. Dans sa lutte contre le diesel et contre les émissions de CO2, elle prend un risque immense, estime celui qui est aussi président de l’Association européenne des constructeurs automobiles (ACEA).

« darwiniens », face au risque d’amendes considérables. « Cela pourrait mettre des constructeurs à genoux. Et quand elles sont confrontées à un enjeu vital, les entreprises savent être résilientes. Elles réussiront à changer de cap comme on l’exige d’elles. Mais les effets de bord vont se matérialiser très loin en dehors de nos entreprises. Comment les gérer ?  »

Carlos Tavares prend comme exemple la gestion du dossier du diesel. « La société a décidé de tuer le diesel. Passons à autre chose. Mais les émissions de CO2 augmentent. On nous dit de passer à l’électrification. Très bien. Mais comment nos concitoyens pourront-ils disposer dans des conditions économiques raisonnables d’une pleine liberté de mouvement ? Ces questions sont traitées avec une légèreté et un amateurisme atterrants  » dit-il, avant d’ajouter « Cela mérite au minimum une approche professionnelle et scientifique des questions posées ».

Publié par Antoine LARIGAUDRIE le 04 mars 2019 dans bfmbusiness


Publié par Par Bertille Bayart le 04 mars 2019 dans www.lefigaro.fr

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