Cinétech n°42 « Réparer les vivants » Mercredi 25 mars 2020 un film pour mieux comprendre l’enjeu du don d’organes

, par christophe Juppin

Le Cinétech n°42 présente "Réparer les vivants", Mercredi 25 mars 2020, un film qui raconte la course contre la montre lors d’une greffe, LCI fait le point sur ce qu’il faut savoir.

"Réparer les vivants" : un film éminemment sensible et délicat, qui ne tombe jamais dans la sensiblerie

Une mise en scène sans esbroufe et une redoutable direction d’acteurs permettent à Katell Quillévéré d’éviter les écueils de la nunucherie. Une réussite.

Un adolescent prénommé Simon, 17 ans et fan de surf, saute de la fenêtre de la chambre de sa petite amie.



Il part avec ses amis, direction la mer.



Au petit jour, il est dans une mer déchaînée avec trois jeunes surfeurs.

Quelques heures plus tard, sur le chemin du retour avec ses copains, ils sont victimes d’un accident de la route.

Simon, le seul passager qui n’était pas attaché, a subi un important traumatisme crânien.

Désormais suspendue aux machines dans un hôpital du Havre, la vie de Simon n’est plus qu’un leurre. Il est déclaré en mort cérébrale.



Les médecins et infirmiers qui s’occupent de lui (Bouli Lanners et Tahar Rahim) comprennent à la minute même qu’il est possible de prélever son cœur et de le greffer sur un demandeur inscrit.

Justement, au même moment, à Paris, une malade, Claire, mère de deux grands garçons, est une musicienne accomplie. Mais une maladie de coeur la condamne.
Cette femme attend la greffe providentielle qui pourra prolonger sa vie....
La transplantation est inévitable...

Claire (Anne Dorval), et sa chirurgienne en cardiologie (Dominique Blanc) sont dans l’attente…

Encore faut-il convaincre les parents (Emmanuelle Seigner et Kool Shen) de Simon d’accepter, et le temps presse.


Le docteur Thomas Remige tente alors de convaincre Marianne et Vincent, les parents, bouleversés, de l’adolescent, de faire don de quelques organes de leur fils.

D’abord réticents, ils finissent par accepter.

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Réparer les vivants est le troisième long métrage de Katell Quillévéré.

Adaptation du roman à succès de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants est le troisième long métrage de Katell Quillévéré, après Un poison violent et Suzanne. Le film, comme le livre, est une mise en scène très précise, fidèle et détaillée du protocole médical des greffes du cœur.

On retrouve aussi et surtout dans ce film une des caractéristiques du cinéma de Katell Quillévéré. Non pas sa gentillesse, mais sa bienveillance. Si l’on connaît des cinéastes contemporains de la délicatesse, par exemple, les cinéastes de la bienveillance sont une espèce rare. Pour simplifier, on pourrait dire que la délicatesse frôle toujours un peu la vacuité, tandis que la bienveillance joue toujours au bord du précipice des bons sentiments (donc de l’échec artistique), de la naïveté, des larmes faciles.

Avouons que la musique sirupeuse de l’incontournable Alexandre Desplat manque parfois de peu de faire chuter le film dans la pire nunucherie. On pourrait également trouver que chaque personnage accomplit un peu parfaitement ce qu’il a à faire au moment où il le faut, avec une bonté, un courage, une obstination et une abnégation de tous les instants.

Heureusement, comme dans ses films précédents (souvenez-vous notamment de Sara Forestier, Adèle Haenel et François Damiens dans Suzanne), Katell Quillévéré témoigne d’un redoutable talent pour la direction d’acteurs, ainsi que d’un sens au fond très sec de la mise en scène, qui lui permet de sauvegarder la dignité de ses personnages et de n’exprimer que ce que nous appelons de la bienveillance. C’est ce qui empêche à chaque seconde le film de devenir banal et larmoyant. C’était risqué, la chute n’est jamais loin, mais l’opération est réussie.

Réparer les vivants de Katell Quillévéré (Fr., 2016, 1 h 30)

Publié par Jean-Baptiste Morain le 28 octobre 2016 sur https://www.lesinrocks.com/

Réparer les vivants

Date de sortie 2 novembre 2016 (1h 44min)
Réalisé par Katell Quillévéré avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner, Anne Dorval
Les films du Bélier est une société de production de films créée en 2003 par Justin Taurand.
65 rue du Faubourg du Temple
75010 Paris

Réparer les vivants est l’adaptation cinématographique du roman du même nom écrit par Maylis de Kerangal. C’est le co-producteur du film David Thion qui avait offert le livre à Katell Quillévéré. Cette dernière l’a dévoré en cinq heures et en a immédiatement saisi le potentiel cinématographique. La cinéaste, qui avait déjà lu deux autres romans de l’auteure, Corniche Kennedy et Naissance d’un pont, précise : "J’ai fait confiance à la puissance de mon désir, qui était au départ très instinctif, mais dont j’ai mieux compris les raisons profondes pendant l’écriture du scénario."

"L’idée qu’une communauté mette tout en œuvre pour qu’une vie se prolonge est très belle et je voulais montrer comment cela s’organise : affréter un avion, prévoir des taxis, des flics, des chirurgiens de pointe". La cinéaste a ainsi cherché à donner forme à un film humaniste qui redonne la sensation d’appartenir à un tout.

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Maylis de Kerangal et Katell Quillévéré posent pour ELLE (2016) © Thomas Laisné https://www.elle.fr/Loisirs/Cinema

Derrière la mort, il y a de la vie.

Voilà le crédo du film Réparer les vivants, réalisé par Katell Quillévéré et adapté du best-seller de Maylis de Karangal (ed. Verticales, 2014). De la mort du jeune Simon, 17 ans, lors d’un accident de la route, à la transplantation de son cœur en passant par le rôle clé de l’infirmier coordonnateur, le film plonge le spectateur dans un univers où les professionnels de santé n’ont pas le droit à l’erreur. Et pour cause, le nombre de patients dans l’attente d’un organe grandit. Ils étaient plus de 12.500 à attendre une greffe en 2012, contre près de 21.500 en 2015.

(Re)découvrez ce qu’il faut savoir sur un acte qui peut sauver des vies

Vous êtes présumé donneur, sauf avis contraire !

En janvier 2017, une nouvelle loi a renforcé le principe de consentement présumé au don d’organe. Si vous n’êtes pas inscrits sur le registre national des refus, vos proches ne pourront donc plus s’opposer au prélèvement d’organes et de tissus. Mais dans la pratique, ils devraient toujours être consultés. D’où l’intérêt d’aborder le sujet avec eux au préalable. Ainsi, si vous êtes favorables à la greffe, ils pourront en parler avec l’équipe médicale le moment venu et gagner de précieuses minutes.
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Le rein et le foie : les seuls organes que l’on peut donner de son vivant

Il est possible de faire don d’un rein ou d’un lobe de foie, pour la bonne raison qu’on peut tout à fait vivre sans. Pour cela, il faut remplir des conditions strictes :

⇒ Etre majeur

⇒ Etre volontaire : le donneur doit exprimer son consentement devant un magistrat.

⇒ Etre en bonne santé et être compatible avec le receveur.

⇒ Avoir un lien de parenté avec le receveur : père ou mère. Et par dérogation les enfants, les frères et sœurs, le conjoint, les cousins, les oncles et tantes, les grands-parents mais aussi les conjoints du père ou de la mère peuvent donner. Plus largement, une personne qui apporte la preuve d’un lien affectif "étroit et stable" depuis au moins deux ans peut donner.

La greffe doit être faite au maximum dans les 36 heures, selon les organes

Après le décès, les organes ne sont viables que quelques heures. Les médecins doivent donc agir vite, d’où l’importance d’avoir communiqué votre décision à vos proches au préalable. Une fois prélevés, les greffons sont mis en hypothermie - dans une glacière qui ne dépasse pas les 4°C - et transportés jusqu’au receveur.

⇒Le cœur doit être greffé dans les 4 heures suivant le prélèvement

⇒Le poumon, dans les 6 à 8 heures

⇒Le foie, dans les 12 à 18 heures

⇒Le rein, dans les 24 à 36 heures

"Ces délais sont des moyennes qui dépendent de l’état de l’organe, note sur son site l’agence de la biomédecine. Néanmoins, plus le délai est court, meilleur sera le résultat de la greffe."
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80% des greffons sont toujours fonctionnels après 5 ans

Grâce aux progrès réalisés dans l’immunosuppression - empêchant le corps de rejeter une greffe d’organe -, la plupart des patients peuvent reprendre une vie normale quelques temps après l’opération. Ainsi, l’agence de la biomédecine précise que "90 à 95% des reins greffés fonctionnent toujours après 12 mois et 80% des greffons sont encore parfaitement fonctionnels 5 ans après la greffe."

Seulement 5 746 Français ont eu une greffe en 2015

En 2015, 21.464 personnes étaient dans l’attente d’une greffe. Parmi elles, seulement 5.746 l’ont eu. Le rein est l’organe le plus greffé, suivi du foie et du poumon. Pour faire face à la pénurie d’organes , des scientifiques tentent des approches alternatives, comme l’exploitation du génome du cochon.

De son côté, la greffe du cœur n’enregistre pas de hausse fulgurante grâce à l’amélioration des techniques alternatives comme l’implantation de cœurs artificiels.

Publié par Julie Bernichan le 01 novembre 2016 sur https://www.lci.fr/sante/, alors que sortait en salles ce mardi 1er novembre 2016 le film "Réparer les vivants".


Pour en savoir plus :

- CinéTech N°29 : Résistance aux antibiotiques - A la recherche de nouvelles molécules le 11 octobre 2017 à Nogent (52)
- De nouveaux antibiotiques mis au point par un laboratoire de l’Inserm et l’Université de Rennes 1 le 9 juillet 2019
- Cinétech n°42 « Réparer les vivants » Mercredi 25 mars 2020