Covid-19 : Joseph Puzo « L’important, c’était de ne pas s’arrêter » Avec de la flexibilité, on peut faire plein de choses.

, par Alain CANIAUX

Pour Joseph Puzo, le PDG d’Axon Cable à Montmirail, dans le département de la Marne en région Grand Est, « L’important, c’était de ne pas s’arrêter ». Axon Cable bénéficie d’une culture de l’innovation pour faire plein de choses.


Comment votre entreprise a-t-elle affronté cette crise ?

On ne s’est jamais arrêté. On a incité les gens à rester au travail en mettant en place un maximum de mesures barrière. Toutes les entreprises qui se sont totalement arrêtées ont eu beaucoup de mal à redémarrer. Pendant cette période, nous avons fait un maximum pour aider.

Par exemple, j’ai proposé de donner 1 000 masques de notre stock au premier médecin du travail qui se porterait volontaire pour aller à Mulhouse, où la pandémie frappait très fort. Le lendemain de cette annonce, j’avais dix candidats.

Nous en avons donné aussi aux médecins et infirmières de Montmirail et nous en avons fabriqué qui tiennent à 200º et sont utilisables indéfiniment à l’aide de téflon, de cuivre, des élastomères, bref les technologies que nous dominons. Quelques salariés ont aussi fabriqué un millier de visières et enfin, nous avons développé une lampe à UV tueuse de Covid, fabriquée à une dizaine d’exemplaires.

Êtes-vous étonné par la capacité de rebond des entreprises qui ont adapté leurs savoir-faire aux besoins de l’heure ?

Je ne parlerai que pour Axon Cable. Notre entreprise consacre, tous les ans, 10 % de son chiffre d’affaires en recherche-développement. Il y a une culture de l’innovation. Actuellement, 60 % de notre CA est dans l’automobile et l’aviation. Malgré la chute des ventes dans ces deux secteurs, notre CA ne baissera, de janvier à juin, que de 5 à 10 %. La raison principale est que nous sommes restés ouverts. En ne fermant pas non plus, certains donneurs d’ordre nous ont aussi aidés à tenir.

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Pour Joseph Puzo, le PDG d’Axon Cable à Montmirail, dans le département de la Marne en région Grand Est : « L’important, c’était de ne pas s’arrêter ».

Toutes les entreprises peuvent-elles s’adapter aussi vite ?

Avec de la flexibilité, on peut faire plein de choses, avec le même personnel, et souvent les mêmes machines. Si ce n’était pas le cas, Axon Cable devrait être en situation catastrophique. Si notre chiffre ne baisse que dans ces faibles proportions, c’est que des clients, également restés ouverts, nous ont passé des commandes urgentes. Par exemple, nous avons pu exporter un peu partout dans le monde, au Brésil, en Chine, aux États-Unis, une valve entrant dans la composition de respirateurs. Nous avons démarché tous les fabricants. Ça a payé.

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AXON est devenu un leader mondial dans son domaine avec 14 filiales dans le monde entier, un chiffre d’affaire de 130M€, 2000 personnes https://poletechno52.fr/Le-programme-CAP-TRONIC.html
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Jean ROTTNER @JeanROTTNER · 19 févr. 2021
Des câbles marnais arrivés sur Mars avec le rover Perseverance. Bravo à Joseph Puzo et sa formidable entreprise ⁦@axoncable⁩, grâce à lui la Champagne et la ⁦@regiongrandest⁩ participent à cette formidable aventure
https://abonne.lunion.fr/id234322/article/2021-02-18/des-cables-marnais-arrives-sur-mars-avec-le-rover-perseverance
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AXON’ CABLE @axoncable · 3 mars 2021
Dans la Marne, Axon’Câble connecte Mars à la Terre
https://www.la-croix.com/Marne-Axon-Cable-connecte-Mars-Terre-2021-03-02-1301143533

Des rideaux aux sur-blouses en tissus

« C’était une très belle aventure, impliquant 250 bénévoles. » Patricia Lacoste, à la tête de Store Athéna, une société de stores et de rideaux, se souvient avec fierté de ces huit semaines durant le confinement. Près de 18 000 sur-blouses en tissus furent fabriquées pour les soignants des hôpitaux de Château-Thierry, de Villiers-Saint-Denis et des EHPAD du sud de l’Aisne. « Nous avons réalisé des patrons, taillé les tissus fournis par les hôpitaux. Ensuite, 160 couturières bénévoles sont venues se former dans nos locaux avec notre personnel, avant de repartir avec des kits pour confectionner ces sur-blouses à domicile. Une fois le travail terminé, elles revenaient nous livrer leur production et repartaient avec de nouveaux kits. »

Depuis, l’activité de l’entreprise, installée à Montreuil-aux-Lions, tourne au ralenti avec seulement quatre salariés sur les sept de l’équipe. « Comme nous travaillons beaucoup à l’export (dans plus de 50 pays depuis 35 ans), nous attendons le feu vert pour aller installer nos productions à l’étranger, Dublin et le Turkménistan, deux chantiers en stand-by », souligne Patricia Lacoste. « Heureusement, nous avons des clients en France, les boutiques de la haute couture ou des maisons de retraite. Dans ces dernières, nous allons nous adapter, pour ne pas croiser de résidents, avec sûrement une installation de nuit…  » Mais Patricia Lacoste se veut positive. « Nous allons nous en sortir, il faut juste être patients. »

2 - Des séparateurs en carton pour la sieste des tout petits

Leader européen de l’emballage en carton sur mesure, le groupe Smurfit Kappa (cinq usines en France dont Épernay) s’était lancé, dès le mois de mars, dans la fabrication de séparateurs à installer entre les postes de travail des entreprises industrielles. Vendus à très bas prix et souvent même donnés, un millier de ces panneaux inédits avait trouvé preneurs, dont la mairie d’Épernay pour équiper ses services.

Comme il fallait occuper le personnel pendant le confinement, l’entreprise dirigée en Champagne-Ardenne par Jean-Baptiste Favre a saisi l’occasion pour inventer d’autres formes pour d’autres destinataires. Les nouvelles versions du séparateur maison portent tous une lettre : « U Protect » (en forme de U comme son nom l’indique) a été imaginé pour être monté sur des tables d’écoles afin de séparer les enfants assis côte à côte. Il est fabriqué sur le site de Bigny, dans le centre de la France. «  Il s’est beaucoup vendu dans le Sud et le Sud-Ouest  », explique le PDG. « S Protect », conçu pour séparer les enfants de maternelle pendant la sieste s’est en revanche bien vendu à Rethel. Enfin, «  R Protect » a été imaginé pour les restaurants. Ce modèle est même équipé d’une encoche pour fixer le menu ! « Pour le moment, il s’agit de productions relativement marginales mais ça pourrait devenir un vrai business  », estime Jean-Baptiste Favre.

3 - Charbonneaux-Brabant, la moutarde mène à tout

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Masques, visières, gel, protections... Des entreprises locales ont fait preuve d’imagination pour adapter leur production aux demandes liées à la crise du coronavirus. À Reims, le moutardier Charbonneaux-Brabant a produit des milliers de litres de gel hydroalcoolique. (Remi Wafflart)

Fameuse enseigne rémoise, le moutardier Charbonneaux-Brabant, également versé dans le vinaigre, les produits d’entretien et le bricolage, s’est consacré (bien avant le confinement) à la fabrication de gel hydroalcoolique. Mélange d’alcool, de glycérine et d’eau oxygénée, le produit tant recherché ne présentait pas de difficulté particulière. « Nous avons suivi les préconisations de l’OMS. Nous avons gratuitement livré près de 12 000 litres en bidon de 5 litres à nos clients et aux grandes surfaces alimentaires. Le bouche-à-oreille a bien fonctionné  », explique le directeur Valéry Brabant.

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À Reims, le moutardier Charbonneaux-Brabant a produit des milliers de litres de gel hydroalcoolique. (Remi Wafflart)

Pour les besoins, l’entreprise a créé un atelier artisanal et consacré quelques salariés à la mission. « Nous l’avons fait par esprit de solidarité, pas dans un but commercial », dit le PDG, même si le gel maison a fini par être vendu en grandes surfaces au prix modique de 6 euros le litre.

L’entreprise compte-t-elle s’arrêter là ? « Ça dépendra de la demande et des besoins des clients.  ». En attendant, le gel est devenu un produit de la gamme « en fond de rayon ». Autrement dit, plus en première ligne, mais pas loin… au cas où.

4 - À Angecourt (08), des couettes aux masques et aux blouses

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Masques, visières, gel, protections... Des entreprises locales ont su faire preuve d’imagination et d’adaptabilité pour adapter leur production aux demandes liées à la crise du coronavirus. (photo : Karen Kubena)

« Les masques en tissu, c’est terminé depuis quinze jours mais nous poursuivons celle des masques jetables et des blouses pour les hôpitaux », précise Jean-Claude Wery, le patron de TSC à Angecourt, près de Sedan. La société, qui fabrique des rideaux et des couettes, s’est consacrée pendant un mois et demi à la production de masques en tissu lavables pour le compte des organismes consulaires (CCI, chambre des métiers, etc.). Elle ne garde aujourd’hui que la seule fabrication de masques jetables et de blouses. «  On a su s’adapter à une demande urgente et importante. C’est une satisfaction », note le patron qui a surtout embauché vingt personnes pour cette tâche spécifique. Elles sont toujours présentes.

5 - "Tout est parti d’une demande étudiante

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"Tout est parti d’une demande étudiante”

« Aujourd’hui, nous avons un site internet (protection-visiere.com) qui propose nos produits de protection alors que tout est parti d’une demande du FabLab de l’EiSINe, école d’ingénieurs en sciences industrielles et numérique à Charleville où j’interviens. Ils voulaient fournir des écrans pour le monde hospitalier. Un bel effet boule de neige… » admet Jean-François Rousseau, DG d’Arbor qui chapeaute plusieurs entités de fabrication par usinage de pièces plastiques. Auprès de ses 75 salariés de Périchard Plastiques à Saint-Memmie (Marne) et de AUPI à Villers-Cotterêts (Aisne), différentes visières de protection et même désormais des casquettes visières furent testées. « En attendant la reprise de nos clients (médical, électronique, agroalimentaire, biens d’équipements, cosmétique…), nous en avons fourni quelques centaines au monde médical en lien avec l’ARS dans l’Aisne. Et puis, pour entretenir le lien avec nos clients, nous leur avons proposé nos produits. Et ça marche avec plus de 15 000 visières et des milliers d’écrans de séparation !  », se réjouit Jean-François Rousseau .
Effet boule de neige… Et bien d’autres structures se sont équipées, comme le château de Pierrefonds (Oise), les prisons d’Alsace pour les parloirs ou la CAF de Soissons ! « C’est le génie français qui a fait naître initiatives et idées avec la crise sanitaire !  »

Futur accessoire de mode ?

Hermès, Lacoste, Coq sportif, Petit bateau… Beaucoup de grandes marques textiles installées dans nos territoires ont adapté leur production depuis mars, pour participer à l’effort national face à la pénurie de masques. Et certaines marques entendent pérenniser ce produit, tel Lacoste qui propose un masque arborant le fameux crocodile. Les clubs de foot ont embrayé, proposant des masques tissus à leurs couleurs. Les entreprises, toujours à la recherche de vecteurs de communication, devraient aussi s’y mettre. Le masque tissu, l’accessoire mode de 2020 !

Le masque tissu victime du jetable…

Selon l’Union des industries textiles en France (UIT), 40 millions de masques tissus fabriqués en France resteraient en stock, victime d’une consommation plus importante de masques jetables, dits chirurgicaux ! Depuis mi-mars, 450 entreprises françaises se sont converties à leur fabrication, parfois au prix d’investissements supplémentaires. En tout, grâce aux efforts de la filière, plus de 25 millions de masques grand public ont pu être produits par semaine en France, selon Bercy.

Le gouvernement vient donc de lancer une mission de promotion du «  made in France » dans le but d’aider les entreprises du secteur textile et de « pérenniser une filière française  » dans l’hypothèse d’une deuxième vague ou d’autres crises sanitaires à l’avenir.

Soulignons que le masque chirurgical peut apparaître plus pratique, mais il est moins écologique et moins économique, le masque en tissu étant réutilisable à au moins vingt reprises pour ceux certifiés.

En deux mois, le plexi a quintuplé de valeur !

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En mai 2020, Denis Senard avait installé un panneau dans une pharmacie rémoise.

À Minaucourt, près de Sainte-Ménehould, où il a son atelier de menuiserie, Denis Senard est retourné à son métier ordinaire depuis une quinzaine de jours. Pendant plus de deux mois, il s’était reconverti dans la fabrication de panneaux en plexiglas pour protéger du virus. Un geste « citoyen », dit-il, l’objectif n’étant pas de faire du bénéfice. « Au contraire, j’en ai été plutôt de ma poche. » À 20 euros le panneau, Denis Senard avait cassé la baraque. Un simple article dans ces colonnes avait fait grimper les commandes à une trentaine par jour ! «  J’ai travaillé, seul, de très tôt à tard, tous les jours, pendant deux mois pour répondre à la demande.  » Pharmacies, boulangeries, traiteurs, cabinets dentaires, avocats…

Début mai 2020, tout le monde voulait son panneau. Les collectivités, mairies et communautés de communes, ont succédé aux commerces et professions libérales. « Vu le renchérissement du plexiglas dont le prix a été multiplié par cinq en quelques semaines, j’ai dû tripler mes tarifs. Mais à 60 euros, je ne gagnais toujours pas d’argent  », assure le menuisier qui a appris, à cette occasion, que la France ne comptait aucun fabricant de plexiglas, le plus souvent importé d’Italie, d’Allemagne, d’Espagne ou de Belgique… Denis Senard avait eu l’idée de ses panneaux en s’inspirant d’un collègue charentais. « Il a déposé le nom de paravirus en premier. Je ne peux donc plus l’utiliser, je me contente de “protection plexiglas ”. »

Qu’importe le nom puisque les commandes, maintenant que l’épidémie recule, sont peu à peu retombées à une par jour. Au total, Denis aura fabriqué près d’un millier de panneaux, de tous styles et de tous formats. Sa plus grosse commande ? Une interco’ qui lui en avait acheté pour 1 500 euros ! «  Il me reste un petit stock, mais ça va s’épuiser. » Retourné à son établi de menuisier et sans projet de vacances, Denis Senard cherche aujourd’hui à recruter un menuisier qualifié ou un jeune en apprentissage. Avis aux amateurs.


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Publié le mercredi 10 juin 2020 dans le journal L’Ardennais

Publié le mercredi 10 juin 2020 dans le journal L’Ardennais


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Masques, visières, gel, protections... Des entreprises locales ont fait preuve d’imagination pour adapter leur production aux demandes liées à la crise du coronavirus. À Reims, le moutardier Charbonneaux-Brabant a produit des milliers de litres de gel hydroalcoolique. (Remi Wafflart)
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L’Union-L’Ardennais @UnionArdennais · 11 JUIN 2020
Ces #entreprises de l’ #Aisne, de la #Marne et des #Ardennes ont fait preuve d’innovation grâce à la crise du #coronavirus
https://abonne.lardennais.fr/id155904/article/2020-06-10/ces-entreprises-de-la-region-ont-fait-preuve-dinnovation-grace-la-crise-du

Pour en savoir plus :

- Le robot guidé vers les entreprises le 22 mai 2014
- Matinale technologique n°16 : La robotique du futur : Robotique collaborative et Robotique mobile le 18 octobre 2017 à Nogent.
- Robotisons nos usines pour sauver notre industrie
- Covid-19 : l’entreprise marnaise Axon’Cable participe à la fabrication de respirateurs, mais pas uniquement, le 19 avril 2020
- Covid-19 : L’UIMM Champagne-Ardenne veut éviter la crise sociale le 08 juin 2020
- Covid-19 : Joseph Puzo « L’important, c’était de ne pas s’arrêter » le 11 juin 2020
- Covid-19 : Les sous-traitants subissent la crise de l’industrie aéronautique le 23 novembre 2020