Covid-19 : chez Tismail, « on a tout fermé, comme pour l’été » Le dernier fabricant de chaussettes de Troyes a décidé de fermer ses portes à la veille du confinement.

, par Bruno Dumortier , Sylvia MAUCORT

Dans le textile, hormis ceux qui produisent des masques, presque tout le monde a arrêté la production. Le dernier fabricant de chaussettes de Troyes a décidé de fermer ses portes à la veille du confinement. Il rouvre partiellement, le mardi 17 mars 2020. Et redoute l’avenir…


Que faire devant l’épidémie de coronavirus ? « Lundi 23 mars 2020, j’ai appelé notre avocat. Il m’a conseillé d’anticiper. Avant le discours d’Emmanuel Macron, on a donc pris la décision de tout arrêter, sans paniquer, en nettoyant tout, en protégeant les machines. Comme si on partait pour des congés d’été  », explique Benoît Seguin, le patron de Tismail, le dernier fabricant de chaussettes troyen. « On ne pouvait pas garantir la sécurité des employés. L’atelier est confiné, le personnel se croise  », analyse le chef d’entreprise. Les 48 salariés sont en chômage partiel.

Personne n’a travaillé durant la semaine.

Ce mardi 24, toutefois, l’activité va reprendre. Très partiellement. Une équipe de sept personnes, dans des conditions de sécurité optimale, assure Benoît Seguin, va reprendre la finition. « On avait du retard sur ce secteur. On va le combler ». Mais pas question de reprendre l’ensemble de la production. « On ne peut pas pour raison de sécurité et, de toute façon, toute l’économie est à l’arrêt. On n’a plus de commandes. Les grandes surfaces restent ouvertes, mais elles n’acceptent que les livraisons alimentaires. Intersport a suspendu toutes ses commandes », observe Benoît Seguin qui se félicite toutefois d’avoir réussi à livrer l’armée, à Châtres, mardi 17 mars 2020. Une commande honorée qui va permettre de soulager la trésorerie. « Heureusement qu’on n’a pas tous nos œufs dans le même panier », observe-t-il.

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Benoît Seguin dans l’atelier de tricotage de Tismail, nettoyé et mis à l’arrêt comme pour les congés d’été. (photo Jérôme BRULEY)

La crise ne tombe pas au bon moment

Reste que la crise tombe au plus mal pour La Chaussette de France, la marque de Tismail spécialisée dans les produits pour les runners ou amateurs de sports d’hiver. « Les stations de ski ont fermé avant la fin de la saison. Et les clients qui doivent passer commande pour l’année prochaine ne travaillent plus », observe-t-il. Et de craindre, une fois la crise passée, un rattrapage inégal. «  Sans compter les changements de comportement chez les consommateurs qu’on ne peut pas anticiper… »

« On va essayer de limiter la casse », rassure toutefois Benoît Seguin. La trésorerie est bonne. « À court terme, ça va. Nous, on a fait la promesse à nos salariés de les payer à 100 % quoi que fasse l’État. »

Le 20 mars 2020, il a reçu spontanément des coups de fil de ses banquiers. Avec les prêts bonifiés par Bpifrance, la banque publique d’investissement, le moyen terme est assuré aussi. «  Pour nous, ça va, mais ça reste des prêts bancaires, observe-t-il. Pour ceux qui sont justes, en revanche, ça risque d’être difficile ». La crise ne fait que commencer.

Petit Bateau et Lacoste ont arrêté aussi

Dans le textile, hormis ceux qui produisent des masques, presque tout le monde a arrêté la production. Chez Petit Bateau et chez Lacoste, la production a été arrêtée dès le mardi 17 mars 2020. Lacoste a fermé également dès mardi 17 mars l’ensemble de ses sites de production (Gayettes, Verdun, SNPP et Vaucouleurs) en France jusqu’à nouvel ordre. Aucun collaborateur n’a accès aux sites. La logistique des deux géants, en revanche, continue de fonctionner à un régime adapté.

De son côté, EMO, confectionneur à Troyes, a réussi à maintenir la production. « Avec les effectifs disponibles et en respectant les consignes de sécurité ».


Publié par Bruno DUMORTIER le mardi 24 mars 2020 dans l’Est Eclair- https://abonne.lest-eclair.fr/


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