Fayl-Billot, capitale française de la vannerie, rajeunit ce savoir-faire traditionnel de Haute-Marne Le village de Fayl-Billot compte une trentaine de professionnels de la vannerie

, par Christiane Perruchot

Considéré comme la capitale française de la vannerie avec la seule école en France d’osiériculture et de vannerie, le village de Fayl-Billot compte une trentaine de professionnels qui perpétue, et renouvelle aussi, une tradition artisanale. Cette économie est aussi le moteur touristique du sud de la Haute-Marne. La profession s’apprête à fêter le 18 janvier 2020 son saint-patron, Antoine, et à accueillir la Cité de la vannerie.

Ce jour-là, Pierre Éveillard, vannier à Charmoy, officie à la boutique-atelier du Comité de Développement et de Promotion de la Vannerie, dans la rue principale de Fayl-Billot. Cette association regroupe une douzaine de vanniers des alentours de ce village de Haute-Marne, considéré comme la capitale française de la vannerie. Là est mis à la vente un évantail de la production de chaque adhérent.
Tour à tour, les vanniers de l’association tiennent boutique et, en guise de démonstration, fabriquent une pièce, tout ouverts aux questions de visiteurs. Il faut 4 heures pour confectionner un panier, l’un des objets les plus vendus. Et une certaine dextérité qui s’acquiert au fil du temps.

À Fayl-Billot, la vannerie a pour matière première, l’osier, c’est-à-dire la tige du saule tétard qui pousse généreusement dans les environs grâce à un sol argileux. Plusieurs variétés apportent des couleurs différentes : vert, rouge, marron foncé, jaune doré. Les arbustes qui peuvent atteindre 3 mètres de hauteur, sont coupés chaque début d’hiver lorsque les premiers gels sévères (moins 5-6 degrés) arrêtent la montée de la sève. De la récolte au tressage, l’exercice est encore manuel. Les tiges coupées que l’on nomme aussi brins, sont triées à la main (et à l’oeil !) par taille et mis en bottes jusqu’aux derniers froids de l’hiver (février).

PNG - 1.4 Mo
En haut, les bottes d’osier mises à tremper pour faciliter le décorticage ; en bas, l’osier décortiqué prêt pour le tressage, pouvant prendre différentes couleurs selon la variété de saule. © Traces Ecrites

Puis on les baigne dans un « routoir » (bassin d’eau artificiel ou naturel) pendant trois mois. La sève remonte, ce qui facilite le décorticage. On enlève alors l’écorce (de mai à juin) pour obtenir un osier blanc, mis à sécher sur des claies au soleil durant 2 à 4 heures. Avant de tresser l’osier, celui-ci est mis à tremper à nouveau pour l’assouplir, durant 2 heures à 10 jours. «  La tendance va vers un osier non décortiqué, précise Pierre Éveillard, son état brut, avec l’écorce, donnant un effet esthétique particulier et correspondant mieux à une recherche d’objets contemporains.  »

Toutes ces étapes franchies, l’artisan dispose d’une matière première prête à tresser. Il peut fendre un brin, avec un outil spécifique appelé le fendoir, pour faire plusieurs lamelles d’osier (les éclisses) ou l’utiliser en entier. Il faut de la force dans le poignet pour fabriquer le fond qui assure la stabilité de l’objet, une armature faite de gros brins d’osier.
Elle se termine par un cordon fait de plusieurs brins entrecroisés, qui donne de la rigidité à la base, et sur lequel on pique des tiges en hauteur : en quelque sorte la charpente qui préfigure la forme finale de l’objet. Les espaces libres entre les montants sont remplis avec des brins tressés en largeur.

Vers la fabrication d’articles design et des plantations d’osier vivant

PNG - 1.1 Mo
Différents contenants, d’hier et d’aujourd’hui, exposés à la Maison de la vannerie de Fayl-Billot. © Traces Ecrites

Traditionnellement, la vannerie sert à fabriquer des contenants, des paniers de toutes sortes dont on voit un large éventail à la Maison de la vannerie de Fayl-Billot. Le panier à vendanger bien sûr, mais aussi pour la récolte des fruits (le ou la charmotte), des garde-manger, des paniers pour la pêche, des berceaux…
Ce musée qui abrite aussi l’office de tourisme et où sont régulièrement organisés des stages de vannerie, reçoit environ 800 visiteurs par an. Les ventes de la boutique du Comité de Développement et de Promotion de la Vannerie donnent une idée des objets qui font encore recette : le panier à commission, à bois, les benatons (paniers de vendangeurs) de petit format pour la décoration. Les artisans fabriquent aussi régulièrement des casiers à pain et des rayonnages pour les boulangeries. Mais la concurrence étrangère (notamment asiatique) ont poussé les vanniers à s’orienter vers la fabrication d’articles design et à travailler avec des paysagistes pour des plantations d’osier vivant et de décors en osier autoclavé (pour éviter la pourriture) dans les parcs et jardins.

« Depuis quatre ans, on constate un dynamisme du marché haut de gamme voire de luxe pour des objets contemporains, de décoration, d’arts de la table ; c’est la conjonction d’un intérêt pour l’artisanat, le made in France et le développement durable  », explique William Joffrain, président du Comité de Développement et de Promotion de la Vannerie. À preuve, le volume de commandes groupées (de grosses commandes réalisées par plusieurs vanniers) a atteint 100.000 € en 2019, indique t-il.
La collaboration avec l’École Nationale Supérieure d’Art et de Design de Nancy vise aussi le renouveau d’un métier qui ne compte guère plus de 200 professionnels en France, concentrés en Haute-Marne et en Touraine, à Vilaines-les-Rochers. Entre 30 et 40 dans la région de Fayl-Billot.

PNG - 1.1 Mo
Stagiaires à la Maison de la vannerie de Fayl-Billot. © Traces Ecrites

Les vanniers ont eux aussi leur fête corporative : le 18 janvier, ils célèbrent leur saint-patron, Antoine. Elle est accueillie à tour de rôle par les trois communes qui recensent le plus grand nombre de professionnels : Fayl-Billot, Grenant et Bussières-les-Belmont. Le 18 janvier 2020, elle se déroule à Bussières-les-Belmont. La journée démarre par une messe (10h) donnée par Joseph de Metz-Noblat, évêque de Langres, dans l’église abondamment décorée de produits en osier. Suivie d’un défilé mené par la Confrérie des Façonneurs du Noble Osier.

Identification Géographique, collaborations vanniers-designers, Cité de la vannerie

PNG - 739.3 ko
Pour renouveler le marché de la vannerie, les artisans de Fayl-Billot travaillent sur des formes contemporaines et des objets de décoration plutôt que d’usage. © Pierre Ougier

On voit leurs oeuvres, sans forcément le savoir, à la Saline Royale d’Arc-et-Senans (Doubs). Depuis qu’il organise le festival des jardins, l’établissement public fait de chacune de ses éditions un exercice de travaux pratiques pour, entre autres, les élèves du Centre de Formation Professionnelle et de Promotion Agricoles (CFPPA) de Fayl-Billot. Leurs oeuvres, abris, tonnelles, sculptures etc. sont même devenues permanentes.
Fayl-Billot abrite la seule École Nationale d’Osiériculture et de Vannerie de France. Les formations dispensées par le CFPPA permettent à la vingtaine d’élèves de préparer un CAP, un certificat d’aptitude ou encore un brevet professionnel pour exercer le métier de vannier ou d’osiériculteur. Le premier travaille l’osier pour en faire des objets, le second cultive les saules qui fournissent la matière première. Souvent, ils exercent les deux. Les étudiants sont des jeunes en formation initiale, mais aussi des adultes en reconversion professionnelle et des agriculteurs qui diversifient ainsi leur activité d’élevage ou de culture.

Pour trouver de nouveaux marchés à ce produit traditionnel, le Comité de Développement et de Promotion de la Vannerie collabore avec l’École Nationale Supérieure d’Art et de Design de Nancy.

En 2020, les étudiants poursuivent un travail sur un moule en impression 3D qui pourrait résoudre les problématiques de certains moules en bois (complexité de fabrication, poids, production en nombre, acheminement et partage ...). Ces formes servent de gabarit et de guide pour reproduire une forme précise.
En 2019, le Comité de Développement et de Promotion de la Vannerie a soutenu le projet d’une étudiante en master sur les possibilités de tressage des plantes invasives. Elle a réalisé un prototype de ruche en renouée du Japon avec Marie-Christine Degonville, vannière à Fayl-Billot.
Le Comité de Développement et de Promotion de la Vannerie espère aussi obtenir une Identification Géographique (IG) fin 2020-début 2021, qui garantirait l’origine des objets en osier.

PNG - 911.9 ko
Esquisse non contractuelle de la future cité de la vannerie.

De son côté, la Communauté de communes des Savoir-faire vient de valider le projet du centre d’interprétation de la vannerie à Fayl-Billot, baptisé la Cité de la Vannerie, qui remplacera l’exposition de l’actuelle Maison de la vannerie. Sur le site de l’école d’osiériculture et de vannerie à Fayl-Billot que le conseil régional du Grand Est est en train de rénover, un musée complété d’un fablab qui servira à la fois aux vanniers et aux étudiants, ainsi que des salles pour l’initiation à la vannerie prendront place dans un bâtiment neuf.
« Ce sera en quelque sorte une fabrique d’ambassadeurs de la vannerie en permettant aux visiteurs de produire une pièce et en accueillant mieux les groupes scolaires, on peut susciter des vocations », précise Alexandre Multon, élu de la Communauté de Communes des Savoir-Faire. Son coût : 4 millions d’€. Objectif d’ouverture : 2022.


PNG - 945.2 ko
Pierre Ougier, directeur de la Maison de la vannerie avec une pièce encore couramment fabriquée, le panier de vendangeur. © Traces Ecrites

PNG - 825.8 ko
Une pièce ancienne, très technique et marqueur social au 19ème siècle : une" trinité", 3 paniers en un. © Traces Ecrites

PNG - 1.7 Mo
Démonstration de tressage d’osier à la boutique-atelier du Comité de Développement et de Promotion de la Vannerie à Fayl-Billot. © Traces Ecrites

Publié par Christiane Perruchot le 09 janvier 2020 sur https://www.tracesecritesnews.fr


Pour en savoir plus :

- De la tradition artisanale coutelière aux implants chirurgicaux et au Cluster Nogentech.
- « Semer des idées de visites dans la tête des automobilistes » le 11 décembre 2019