GIP Haute-Marne : où est passé tout l’argent ? Des sommes considérables injectées sur le territoire

, par Celine CLEMENT

On l’appelle GIP Bure alors que le vrai terme est GIP Haute-Marne. C’est la structure (un groupement d’intérêt public) qui gère l’argent alloué à la Haute-Marne depuis que l’Andra a eu l’autorisation de construire le laboratoire préfigurant le projet Cigéo. Voilà presque 20 ans que le département perçoit cette manne financière qui est aujourd’hui de 28 millions d’euros par an. Qu’en a-t-il fait ?

Des sommes considérables injectées sur le territoire

Il est évident que certaines collectivités n’auraient pas pu mener à bien certains projets s"il n’y avait pas ey le GIP 52. Pourrait-il être plus innovant ? Peut-être.

À quoi ressemblerait la Haute-Marne s’il n’y avait pas eu le GIP ? Difficile de l’imaginer. À l’inverse, les esprits éclairés ou retors, c’est selon, rappellent que la manne financière du nucléaire n’a pas su endiguer l’hémorragie de la population malgré les millions d’euros injectés dans les grands projets des collectivités et dans les investissements des entreprises. L’argent, 7,6 millions d’euros dans les premières années puis 20 millions et enfin 28 millions d’euros par an depuis 2010, a-t-il été dépensé à bon escient ? C’est une question à laquelle il n’est pas facile de répondre. C’est toujours la même histoire : celle du verre à moitié vide ou à moitié plein. Il est évident que sans le GIP, certains gros projets n’auraient pas pu voir le jour. Bruno Sido, qui a longtemps été président du conseil départemental et président du GIP, n’aurait peut-être pas lancé le plan collèges, fait travaux et études pour Animal’Explora et fait poser la fibre dans tout le département s’il n’y avait eu l’argent de Bure. « Nous les aurions faits mais plus lentement  », dit-il. C’est indéniable. Le GIP a permis au Département de conserver des finances saines en aidant tous les gros programmes, évitant à la collectivité de trop emprunter et donc de s’endetter.

Les collectivités fortement aidées

Ce n’est pas un coup de pouce, ce sont des aides considérables qui ont été apportées aux projets des principales villes de Haute-Marne. Elles continuent à les percevoir. On pense notamment au chantier titanesque de Palestra qui va toucher quelque 7 millions d’euros du GIP.

C’est plus discret mais la formation des ingénieurs à Nogent par l’entremise de l’UTT de Troyes est en partie financée par le GIP, soit 400 000 euros par an pour rémunérer les enseignants et chercheurs. Durant le mandat municipal qui s’achève, Chaumont et Saint-Dizier auront été aidés à hauteur de 12 millions d’euros chacune et 7 millions seront allés à Langres et Joinville. Il est impossible de faire un inventaire à la Prévert de tout ce qui a été financé par le GIP ces 20 dernières années. Groupes scolaires, maisons médicales, salles des fêtes et plus basiquement tous les équipements de quotidien ont reçu des aides du GIP, de manière encore plus accrue dans les zones dites de proximité autour de Bure-Saudron.

Plus innovant ?

Alors, ce GIP qu’a-t-il manqué ? Dans le privé, aurait-il pu mieux faire ? Sans doute. Les aides au privé ont été freinées de deux manières : la carence en gros projets d’investissement et une règle européenne qui a interdit à un moment donné au GIP de subventionner les entreprises d’une certaine taille. Depuis 20 ans bientôt, le GIP intervient «  tous azimuts », diront certains. Avait-il vocation à financer routes, ronds points et salles des fêtes ?

Les plus sceptiques disent qu’il a manqué d’audace dans ses programmes et aurait pu se montrer plus innovant et plus proche de l’humain.
Reste que ceux qui tapent à la porte du GIP sont bien contents de le trouver car des budgets sont bouclés grâce à ses aides.
On ne trouve plus grand monde pour tourner le dos à l’argent du GIP et donc de la filière nucléaire.

Quelques exemples marquants

- Le plan collèges du Département coûtera au total plus de 119 millions d’euros. La part du GIP ? Plus de 24 millions d’euros.

- Le plan Haute-Marne numérique pour déployer la fibre optique dans tout le départementest un investissement de 57 millions d’euros avec une participation du GIP Haute-Marne de près de 20 millions d’euros.

JPEG - 18 ko
Le plan Haute-Marne numérique pour déployer la fibre optique dans tout le départementest un investissement de 57 millions d’euros avec une participation du GIP Haute-Marne de près de 20 millions d’euros.

- Le Mémorial a eu un coût de 16, 3 millions d’euros avec une participation de GIP de 21 %, soit 3,4 millions d’euros.

- Le giratoire de la route de Biesles ? C’est un million d’euros de financement du GIP, soit 50 % de la facture.

- Pour les centres nautiques, comptez une aide de 2,4 millions d’euros pour Aqualangres (30 %), 4,8 millions d’euros pour le centre nautique de Saint-Dizier (35 %).

- Le projet Palestra de l’Agglo de Chaumont, il est annoncé à hauteur de 30 millions d’euros d’investissement avec une participation du GIP Haute-Marne qui sera de 7,8 millions d’euros (26 %).

JPEG - 18.6 ko
Le GIP 52 va injecter 7,8 millions d’euros (26 %) dans le projet Palestra. (Photo Fr. Thevenin)

Du côté des entreprises privées

- Sur le projet Forge 2020-2022 (projet Lisi de déménagement des forges de Bologne) , le GIP intervient de deux manières : une participation au capital de la SEM Haute-Marne immo-bail (2,5 millions d’euros) et une avance compte courant d’associés SEM Haute-Marne immo-bail pour un peu plus de 5 millions d’euros.

- La base de maintenance, Saint-Dizier parc énergie SA, 1,2 million d’euros vient du GIP dans le cadre du contrat de site de Saint-Dizier.

- Vingeanne Transports, dans le domaine de l’immobilier d’entreprises, l’aide du GIP est de 842 000 € pour la construction d’un bâtiment de cross-docking.

- Pour les Acieries Hachette et Driout, entre 2008 et 2014, 13 projets ont été aidés par le GIP pour un montant de subvention cumulé de 2,7 millions d’euros sur des programmes d’investissement qui se sont élevés à 20,6 millions d’euros.

JPEG - 12.8 ko
Pour les Acieries Hachette et Driout, entre 2008 et 2014, 13 projets ont été aidés par le GIP pour un montant de subvention cumulé de 2,7 millions d’euros sur des programmes d’investissement qui se sont élevés à 20,6 millions d’euros.

- Pour le groupe SOS seniors qui construit un Ehpad à Manois, dans le cadre de l’aide à l’immobilier de services, le GIP injecte 1,5 million d’euros dans le projet sur 7,7 millions d’investissement.

- Les forges de Courcelles ont été aidées en 2013 à hauteur de 3 millions d’euros (atelier 8 000 tonnes) sur un projet de 20 millions d’euros. L’aide est entrée dans le cadre d’un prêt investissements innovants .

Ça fait combien ?

C’est donc à compter de l’année 2000 que le GIP a reçu des fonds d’accompagnement dans le cadre du laboratoire de Bure Saudron. Au début, l’enveloppe était de 7,6 millions d’euros par an. Puis, à compter de 2007, le GIP a perçu 20 millions d’euros pour toucher depuis 2010 quelque 28 millions d’euros par an. Le GIP a fait les comptes.Il a soutenu, depuis son origine, 4991 projets pour un total d’aide de 420,8 millions d’euros. À titre de comparaison, le Département a un budget d’investissement annuel de 50 millions d’euros. On mesure l’effet levier du GIP car ses aides cumulées s’inscrivent dans un investissement global pour la Haute-Marne de près de 1,9 milliard d’euros ces 20 dernières années.

Vrai

Pour ceux qui doutent de la transparence de l’utilisation des fonds, il est à noter que sur le site internet du GIP Haute-Marne, on a accés à toutes les délibération prises par l’assemblée générale du GIP 52 mais aussi celles décidées par le conseuil d’administration.

Faux :

Parfois on entend que l’argent du GIP Haute-Marne vient de l’Etat. C’est faux. Ce sont les producteurs de déchets nucléaires qui alimentent ce fonds par le biais d’une taxe en conformité avec la Loi n° 2006-739 du 28 juin 2006 de programme relative à la gestion durable des matières et déchets radioactifs.. C’est à dire que les payeurs sont EDF (78%) ; le Commissariat à l’énergie atomique CEA (15%) et Orano (ex-Areva) (7%)

JPEG - 9.1 ko
Jean Masson est le directeur du GIP 52 depuis sa création en 2000.

Le chiffre :

679
C’est le nombre de projets actuellement retenus que le GIP Haute-Marne s’est engagé à aider. Il reste à verser pour ces projets 71 millions d’euros. C’est peu ou prou ce que le GIP 52 a en caisse. Et il percevra d’ici quelques semaines de nouveau 28 millions d’euros au titre de l’année 2019.

Dossier : Celine CLEMENT
c.clement@jhm.fr

Reproduction du texte avec l’autorisation de l’auteur Celine CLEMENT



PNG - 681.6 ko
Publié par Celine CLEMENT le jeudi 21 mars 2019 "Le zoom du jeudi" dans Le journal de la Haute-Marne n°8989 en page 6

Publié par Celine CLEMENT le jeudi 21 mars 2019 en page 6 "Le zoom du jeudi" dans Le journal de la Haute-Marne n°8989 (JHM)


Pour en savoir plus :

- Les Forges de Bologne, plus gros employeur de Haute-Marne, déménage à Chaumont en 2020
- Dans le 52, vivez le web en 5.2
- Le déménagement nécessaire des forges de Bologne à Chaumont en 2020.
- Le grand patron de Lisi évoque Chaumont le 23 février 2018
- Emmanuel Viellard Directeur général de Lisi en mai 2017 : « Il n’y a pas de fatalité : on peut être compétitif en France »
- La Haute-Marne appuie sur le Champignon
- Lisi : ça bouge à Plein Est en février 2019
- Le GIP Haute-Marne veut réhabiliter les friches industrielle le 8 mars 2018 à Chaumont
- GIP Haute-Marne : où est passé tout l’argent ?
- « On n’a pas trouvé mieux que le nucléaire pour produire de l’électricité sans trop polluer »
- Le Comité de haut niveau de Cigéo : des décisions pour poursuivre l’insertion territoriale du projet le 6 mars 2019