"Grand cru" des forêts françaises, le chêne de Darney s’arrache à prix d’or l’exigeant label "Forêt d’Exception"

, par christophe Juppin

A Darney, petite commune des Vosges réputée pour sa forêt, une vente de chênes plusieurs fois centenaires attire des acheteurs internationaux, venus observer ces "bois exceptionnels" qui font la réputation de la France à l’étranger.


La grande forêt domaniale de Darney

Adeptes des immensités, nous avons trouvé la forêt dont vous rêviez. Située au cœur des Vosges, la grande forêt domaniale de Darney vous promet des balades pleines de charme et de mystères en tout genre. Amateurs de randonnées, d’arbres centenaires ou de vélo, laissez-vous guider par l’ONF !

Vous êtes bien dans le sud-ouest des Vosges, à vous émerveiller devant la hauteur de chênes pluri-centenaires. Pour comprendre la forêt de Darney, cette véritable cathédrale de verdure, il faut savoir que le temps est une composante essentielle de son histoire. Ici, ces arbres d’exception se hâtent lentement pour se forger une qualité enviable en plus de 200 ans de croissance.

Le substrat gréseux riche et fertile des plateaux et des vallées de cette forêt nourrit une belle diversité . Il favorise la croissance des peuplements d’une hauteur admirable, dont chaque arbre constitue le pilier d’un héritage qui étend ses frondaisons sur près de 20.000 hectares.

« Ce que j’aime dans cette forêt, c’est la variété des paysages. Chaque plateau, séparé par de petits ruisseaux, dégage une atmosphère différente. On passe d’un décor de plaine à un décor de montagne, alors que cette forêt ne dépasse pas les 350 mètres d’altitude, c’est très étonnant ! » déclame Olivier Pivot, adjoint à l’unité territoriale ONF de Darney.

La forêt de Darney raconte une belle histoire, celle du travail des hommes qui lui ont taillé une rare envergure. Depuis Jean-Baptiste Colbert (1619 à Reims -1683 à Paris), un des principaux ministres de Louis XIV, au XVIIe siècle, et les appétits de la Marine Royale en beaux bois pour équiper les flottes conquérantes du Roi Soleil, puis ceux, en combustible, des hauts fourneaux lorrains, les forestiers ont donné au chêne cette perspective de devenir un bois d’exception, favorisé par un écosystème riche.

La forêt de Darney est majoritairement peuplée de chênes. Ils font de ce lieu l’un des grands crus de la sylviculture française ! Ces arbres réputés internationalement sont destinés à la fabrication de merrains d’une qualité exceptionnelle.


"Un arbre comme ça, c’est trois siècles de travail"

Ces imposants troncs d’arbres, des "grumes" dans le langage forestier, ont été abattus après avoir atteint la taille idéale pour l’exploitation : plus de 80 centimètres de diamètre. Ils sont exposés à la lisière de la forêt, où les spécialistes de la tonnellerie et de l’ameublement de luxe viennent s’assurer de leur qualité.

"On est sur des arbres qui gagnent 2 millimètres de diamètre par an. Ils poussent très lentement mais aussi très régulièrement, ce qui leur donne ce grain exceptionnel", explique à l’AFP Denis Dagneaux, directeur de l’Office national des forêts (ONF) dans le secteur Vosges Ouest. "Quand vous fabriquez un tonneau, si vous n’avez pas un grain parfait, quelque chose d’homogène, de régulier, vous avez un tonneau qui fuit".

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Denis Dagneaux, directeur de l’Office national des forêts (ONF) dans le secteur Vosges Ouest.

Ces bois sont également recherchés pour leurs propriétés organoleptiques, des tannins subtiles qui vont imprégner les vins et cognacs de prestige une fois mis en fûts. Des qualités liées aussi bien au travail de l’homme qu’aux spécificités du terroir local, comme en viticulture.

"Ces arbres font l’objet d’un suivi individuel, on les repère, on s’assure de leur état sanitaire", précise Denis Dagneaux. L’ensoleillement et la composition des sols font le reste : à Darney, limons et argiles offrent une terre fertile, dans laquelle chaque chêne puise quotidiennement 300 litres d’eau dans la nappe qui alimente également les villes thermales de Vittel ou Contréxeville.

Un produit rare

Alors, quand de telles "pépites" sont mises en vente, une fois par an en décembre, pas question de les laisser passer. Sur le marché du bois, ce sont des produits "très rares, deux ou trois pièces sur 10.000", calcule Gérard Guérin, patron de B2M. Cette entreprise installée à Vincey, à une cinquantaine de kilomètres de Darney, est spécialisée dans la fabrication de merrains, ces planches utilisées pour façonner la paroi des tonneaux.

Dans ses locaux d’où se dégage une entêtante odeur de bois, cet imposant quinquagénaire montre quelques signes d’anxiété au moment de s’installer derrière son ordinateur. Pandémie oblige, la vente se fait en ligne, et la concurrence s’annonce féroce. Mais il retrouve son sourire à l’issue des adjudications : il a obtenu certains des plus beaux lots parmi les 18 grumes proposées.

"C’est la conclusion d’un long travail de prospection", explique-t-il avec satisfaction. "Je vais passer une meilleure nuit ce soir que les deux précédentes".
Pour se positionner en acheteur face à des concurrents français, allemands ou italiens, Gérard Guérin a dû s’aligner : les chênes de Darney ont été attribués au prix de moyen de 907 euros le mètre cube, et jusqu’à 1.443 euros pour le lot le plus cher, quand le bois de chauffe est vendu 30 à 40 euros.

Forêt d’exception

Ces arbres ont permis aussi un développement économique local : Merrain International, filiale du groupe américain Independant Stave Company, a implanté à proximité immédiate un site de production qui emploie une centaine de salariés.
"La proximité de la forêt et la qualité de la ressources sont les raisons pour lesquelles le groupe est venu s’installer dans les Vosges", révèle le directeur général, Jean-Marc Pernigotto. "L’objectif était notamment de monter en gamme pour Kendall-Jackson", l’un des plus importants groupes vinicoles californiens, également actionnaire du groupe.

Avec des clients américains, européens, néo-zélandais ou australiens, la merranderie française exporte 70 % de sa production : elle est l’une des rares activités excédentaires de la filière bois, qui accuse un déficit commercial annuel de 7 milliards d’euros.

Pour mettre en valeur ce patrimoine, le territoire postule désormais pour obtenir l’exigeant label "Forêt d’Exception", et vient de franchir avec succès la première étape de la procédure. La forêt de Darney pourrait ainsi être bientôt reconnue parmi les plus beaux massifs français, au même titre que la forêt de Fontainebleau, ou celle de Tronçais dans l’Allier.


Publié sur https://www.onf.fr/

Publié le 13 décembre 2020 dans https://www.lepoint.fr/


Pour en savoir plus :

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