Il faut Maîtriser la démographie pour maîtriser le réchaufement climatique, pour Jean-Marc Jancovici le 10 mai 2019 « Nous sommes en décroissance énergétique »

, par christophe Juppin

Jean-Marc Jancovici, spécialiste des questions énergétiques et climatiques et président du think tank The Shift Project, fait le point sur les indispensables arbitrages qui s’imposent. Interrogé sur sa vision, Jean-Marc Jancovici affirme dans le magazine Socialter : « Tout ce qui permet aux pays de maîtriser leur démographie est une bonne idée, car cela amortit les efforts à fournir sur tous les autres plans. » Enfin quelqu’un qui s’attelle à une réflexion sur le sujet de la démographie.

Jean-Marc Jancovici voit un peu l’accès à l’énergie dans le monde futur comme le monde de Mad Max, avec une compétition pour la ressource qui risque de ne pas être très « tranquille ». Par ailleurs, il n’y a rien de local dans l’éolienne et le panneau solaire. A-t-on en France le cuivre, l’acier, le charbon pour faire les panneaux solaires. Non. Le panneau solaire est une commodité mondiale. Seule l’énergie solaire est locale, disponible partout. Dans un monde où les ressources vont se contracter, le nucléaire est un amortisseur de la contraction. Il permet de se faire moins mal au moment de la descente.

Quelle est votre cohérence à vous ? A quoi ressemblerait potentiellement une société qui trouverait son point d’équilibre dans un monde contraint ? Serait-elle proto industrielle, pré-industrielle, année 50 ?

C’est très difficile à savoir. Plutôt que d’imaginer le niveau de vie à l’arrivée, je préfère imaginer la dynamique. Le premier point est de limiter dès que nous pouvons la croissance démographique . Dans l’aide au développement, tout ce qui permet aux pays de maîtriser leur démographie est une bonne idée, car cela amortit les efforts à fournir sur tous les autres plans. Trois leviers : l’éducation des femmes, l’accès aux moyens de contraception, et les systèmes de retraite.

Dans les pays occidentaux, il y a un premier moyen de réguler la population de façon raisonnablement indolore : ne pas mettre tout en œuvre pour faire survivre les personnes âgées malades, à l’image du système anglais qui ne pratique, par exemple, plus de greffe d’organes pour les personnes de plus de 65 ou 70 ans. On en revient à ce que disait Georges-Roegen : tous les moyens qu’on va dépenser pour faire vivre de vieilles personnes dans de très mauvaises conditions, c’est autant de moyens que vous ne mettez pas à disposition des jeunes pour trouver leur place dans un monde plus contraint. C’est un peu brutal, mais ça me paraît être un moindre mal par rapport aux autres modes de régulation que nous avons connus : la famine, la maladie, et le conflit en ce qu’il augmente la maladie et la famine.

Après viennent les mesures techniques. Il faut d’abord supprimer le charbon dans l’électricité le plus vite possible - en faisant des économies d’électricité, du nucléaire et un peu de renouvelables, surtout des barrages quand c’est encore possible. Ensuite, il faut contracter les flux de transports, avec à la fois moins d’avions, moins de voitures, mais aussi moins de consommation unitaire.

Electrifier les véhicules n’économise pas d’émissions tant que la production électrique comporte toujours 40% de charbon, ce n’est pas donc pas la manoeuvre prioritaire au plan mondial bien que cela soit déjà pertinent dans certains pays (dont le nôtre).

Enfin, il faut une sobriété industrielle notamment dans l’acier, le plastique et le ciment, principalement destiné à la construction. Ce qui pose à nouveau la question démographique. Tout ceci renverse culturellement l’idée vieille de deux siècles qui voudrait qu’avec le temps, les contraintes s’estompent. Désormais, elles augmentent.

Changer de paradigme demandera un gros effort sur soi. Et les élites ont une responsabilité particulière, car étant celles qui sont le plus à l’abri du besoin à court terme, ce sont celles qui ont le devoir moral de s’atteler plus vite que les autres à la réflexion sur ce sujet.

JPEG - 101.1 ko
Le hors-série spécial low-tech http://www.socialter.fr

Propos de Jean-Marc Jancovici le 10 mai 2019 dans Le hors-série spécial low-tech http://www.socialter.fr

Réponse de Laurent Alexandre. Attention : Nous ne pouvons être tenus responsables des propos tenus par Laurent Alexandre.

L’écologie politique, un anti-humanisme ?

L’euthanasie écologique

Pour le médecin et essayiste Laurent Alexandre, si la crise environnementale est une réalité, elle ne justifie pas pour autant un discours malthusien. Il s’inquiète en particulier d’une « euthanasie écologique » prônée par certains collapsologues. la totalité de l’article est visible sur FigaroVOX/Tribune

(...)

Pour Laurent Alexandre, L’écologie politique devient inhumaine.

Interrogé sur sa vision, l’écologiste Jean-Marc Jancovici affirme dans le magazine Socialter : « le premier point est de limiter dès que nous pouvons la croissance démographique ». Il explique : « dans les pays occidentaux il y a un premier moyen de réguler la population de façon raisonnablement indolore. Ne pas mettre tout en œuvre pour faire survivre les personnes âgées malades à l’image du système anglais qui ne pratique, par exemple, plus de greffe d’organes pour des personnes de plus de 65 ou 70 ans. On en revient à ce que disait Georgescu-Roegen : tous les moyens qu’on va dépenser pour faire vivre des vieilles personnes dans de très mauvaises conditions c’est autant de moyens que vous ne mettez pas à disposition des jeunes pour trouver leur place dans un monde plus contraint. C’est un peu brutal mais ça me paraît être un moindre mal par rapport aux autres modes de régulation que nous avons connus : la famine, la maladie, et le conflit en ce qu’il augmente la maladie et la famine ». Derrière la défense des coquelicots et des papillons, on découvre que l’écologie politique devient inhumaine. Le droit au suicide assisté quand le patient le demande alors qu’il est en situation désespérée ne doit pas être confondu avec l’euthanasie économico-écologique que proposent certains écologistes.

Pour ce qui me concerne, j’ai précisé à ma famille que dans la situation de Vincent Lambert, je souhaite être euthanasié. Je suis donc favorable à ce qu’un citoyen puisse demander à finir une vie qui ne lui apporte plus de plaisir, mais je suis révolté qu’on ne rembourse pas les soins d’une grand-mère de 67 ans très malade mais heureuse et qui veut vivre pour voir grandir ses petits-enfants et leur offrir des cadeaux à Noël. L’interview de Jancovici est inquiétante puisque la limitation des soins aux personnes âgées est susceptible à ses yeux « de réguler la population de façon raisonnablement indolore » ; cela suppose donc une action à grande échelle ! Cette vision anti-vieux se développe dans d’autres pays européens : aux Pays-Bas, une députée écologiste a également envisagé la fin des soins aux personnes âgées. Cette « euthanasie écologique » est justifiée par l’idée - dramatiquement malthusienne - qu’on ne pourra pas soigner tout le monde. Cela affole Jean-Pierre Riou : « À l’opposé du siècle des lumières, de son culte de la raison, de la connaissance et du progrès, le XXIe siècle naissant affiche désormais sa défiance de la science. Au nom du dieu Nature, ce siècle marque le retour de la culpabilité de l’homme, néfaste par essence à son environnement, et sa nécessaire contrition, liée au mythe d’une apocalypse dont il serait responsable. Et l’écologie politique s’est engouffrée dans cette brèche en brandissant à la fois le spectre de la fin du monde et les délices d’un paradis perdu ».

Nous surmontrons la crise environnementale sans passer par l’euthanasie écologique.

L’écologisme dérive vers le totalitarisme anti-humaniste. Pire, les collapsologues du VHEMT [Mouvement pour l’extinction volontaire de l’humanité, ndlr.] proposent même que nous nous stérilisions tous de manière à disparaitre de la surface terrestre. Les écologistes doivent réfléchir : l’écologie politique nous rend malthusiens et inhumains. De la défense des coquelicots au fascisme vert, il y a hélas un chemin. Le basculement de l’amour des libellules vers une doctrine de mort est possible : une fois l’homme réduit à un élément de la nature parmi d’autres, nos vies ne sont pas plus importantes que celles des animaux. Si les lois sont dictées par la nature qui est prioritaire, il reste peu de place à notre humanité. Il est préoccupant que l’idée du rationnement écologique des soins naisse dans le cerveau de Jean-Marc Jancovici qui est un homme raisonnable et qui développe la critique la plus lucide de l’impasse des énergies renouvelables. Il doit se ressaisir : il aura 65 ans dans 8 ans… Heureusement, les prêcheurs de l’apocalypse ont tort : l’espérance de vie sur terre a doublé en un siècle, il n’y a jamais eu aussi peu de famines et le niveau de vie n’a jamais été aussi fort. La science va une fois de plus nous aider : nous surmonterons la crise environnementale sans passer par la case de l’euthanasie écologique. Jean-Marc Jancovici, redevenez humaniste !

Propos de Laurent Alexandre le 09 juillet 2019 dans http://www.lefigaro.fr/vox/


Pour en savoir plus :

- CinéTech n°27 : Thorium, la face gâchée du nucléaire le 01 mars 2017 à Nogent
- Lecornu : « Moins mauvaise solution » à Bure-Saudron le 29 janvier 2018
- A Bure, l’Andra perfectionne son projet de stockage des déchets nucléaires dans son laboratoire grandeur nature
- Plein gaz sur le projet de station d’hydrogène
- Conférence de Jean-Marc Jancovici pour l’ADEME Ile de France le 13 avril 2018
- "Décarboner l’économie c’est un projet extrêmement noble" Jean-Marc Jancovici le 27 novembre 2018
- "Sur le diesel, il faut dire la vérité", estime la secrétaire d’Etat Agnès Pannier-Runacher le 11 mars 2019
- Carlos Tavares dénonce l’« amateurisme atterrant » de l’Europe le 4 mars 2019
- GIP Haute-Marne : où est passé tout l’argent ?
- « On n’a pas trouvé mieux que le nucléaire pour produire de l’électricité sans trop polluer »
- Remise du Rapport 2019 du Haut Conseil pour le Climat le 26 juin 2019
- Il faut Maîtriser la démographie pour maîtriser le réchaufement climatique, pour Jean-Marc Jancovici le 10 mai 2019
- Vive la décroissance… démographique !
- Climat, nucléaire, homéopathie… Pourquoi nous maltraitons la science