Il faut tirer les conséquences de la dépendance de l’approvisionnement chinois en mars 2020 Les difficultés d’approvisionnement peuvent poser un problème stratégique

, par christophe Juppin

Après avoir réuni plus d’une trentaine de représentants des différents secteurs économiques le vendredi 21 février 2020, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a annoncé des mesures visant à aider les entreprises françaises affectées par la paralysie de l’économie chinoise.

La « souveraineté » française en question

Quoi qu’il en soit, « il faut savoir tirer un bien d’un mal », souligne Bruno Le Maire. Qui ne veut pas en rester là. « Cette épidémie montre que dans certaines filières, les difficultés d’approvisionnement peuvent poser un problème stratégique », explique le ministre. « On ne peut pas dépendre à 95 % de la fourniture de batteries électriques venues de Chine ou d’Asie, ou c’est que vous êtes dépossédées de votre souveraineté sur un composant stratégique et critique  », prévient-il.

Il cite aussi l’industrie de la santé, où 80 % des matières premières pour les composants actifs d’un médicament viennent de Chine ou d’Asie. Un vrai souci pour l’« indépendance sanitaire à moyen ou long terme », souligne Bruno Le Maire. Au-delà de ces deux cas, Bercy entend donc passer au tamis l’ensemble des secteurs pour détecter les « vulnérabilités stratégiques d’approvisionnement des filières industrielles françaises » afin d’en « tirer les conséquences en termes d’organisation de nos filières », dixit le ministre.

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Le ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire et la secrétaire d’Etat Agnès Pannier-Runacher ont détaillé ce vendredi 21 février 2020 les conséquences de l’épidémie du coronavirus sur l’économie française (ERIC PIERMONT / AFP) — AFP

Difficile de relocaliser en France

Seulement, le pourra-t-il ? Economiste à l’Université Clermont Auvergne et auteure de l’Economie de la Chine (La Découverte, 2018), Mary-Françoise Renard estime que cette démarche « ne peut être que limitée » au vu du fonctionnement actuel de l’économie, qui est très mondialisée, en particulier dans l’industrie.

Selon elle, les firmes ne sont guère tentées de rapatrier leurs filières de production qu’elles ont installées en Chine pour des raisons de coûts. Une réalité face à laquelle un Etat est impuissant puisqu’il s’agit d’entreprises privées, surtout soucieuses de se rapprocher d’un pays dont la population dépasse 1,3 milliard de personnes. C’est le cas de l’industrie pharmaceutique, pour qui la Chine « est un marché de consommateurs très important », et où la France a installé en conséquence des centres de recherche et développement, illustre la spécialiste.

Un autre obstacle est celui de certaines matières premières ou produits où la production chinoise domine. C’est le cas par exemple des terres rares, dont les Chinois contrôlent 90 % de l’approvisionnement, selon l’AFP, alors même qu’elles sont nécessaires aux smartphones, panneaux solaires et technologies militaires.

Signe de l’enjeu, Pékin n’a d’ailleurs pas hésité en 2019 à sous-entendre qu’elle en bloquerait les exportations pour peser face à Donald Trump, à l’offensive depuis 2018 contre les pratiques commerciales chinoises « déloyales » selon lui, rapportait récemment l’AFP. Sans, toutefois, que l’argument ne pèse dans ce conflit entre les deux puissances, qui se traduit depuis deux ans par une hausse des droits de douane, d’un côté comme de l’autre, sur des centaines de milliers de dollars de marchandises. De concert avec le Canada, les Etats-Unis ont annoncé en septembre 2019 qu’ils s’allieraient pour exploiter les terres rares canadiennes et réduire ainsi leur dépendance à la Chine sur ce point.

"Airbus" des batteries électriques en France

Face à ses propres dépendances vis-à-vis de la Chine, le gouvernement français envisage pour le moment, de son côté, d’aider les entreprises à diversifier leurs approvisionnements là où cela sera possible. Et met en avant des démarches déjà en cours. S’agissant de l’industrie pharmaceutique, Bruno Le Maire compte sur un rapport consacré aux solutions à apporter aux pénuries de médicaments qui devrait être remis « d’ici à quelques jours ».

Le ministre de l’Economie s’est aussi prévalu d’une autre démarche positive déjà lancée, l’exemple de l’« Airbus » des batteries électriques, initiative franco-allemande pour atténuer la dépendance vis-à-vis de la Chine. Pour ce méga-projet, l’Union européenne a débloqué 2,3 milliards d’euros. Et un premier site pilote a été inauguré fin janvier 2020 à Nersac (Charente).

Publié par Catherine Abou El Khair le 21 février 2020, sur
https://www.20minutes.fr

Cette crise met en lumière l’extrême vulnérabilité de la la filière électronique. "Nous achetons 22 000 références de composants, explique Catherine Flouriot, la directrice des achats de Selha Group. Seuls 10 à 15% viennent de Chine. Mais il suffit qu’un composant manque pour que la production s’arrête. C’est en cela que nous sommes vulnérables."

Alors que faire ? Relocaliser la chaîne logistique en Europe ? "Pas si simple, prévient Richard Crétier. Changer de source d’approvisionnement demande du temps et coûte de l’argent. Il faut tester, qualifier et faire valider le composant alternatif avec le client. Ce qui prend au moins deux mois." Sans compter le problème des composants mono sources, ou le casse-tête des pièces spécifiques réalisées sur plans en Chine. "Le changement de source de ces pièces spécifiques impose de changer la conception du produit", précise Catherine Flouriot.

Reste un obstacle de taille, le coût, présenté comme la cause de tous les maux actuels. "Les donneurs d’ordre doivent cesser de réclamer une baisse des coûts à leurs sous-traitants, demande Richard Crétier. C’est cette course aux prix les plus bas qui nous a conduits dans la situation actuelle de dépendance vis-à-vis de Chine. Nous devons profiter de cette crise pour réfléchir ensemble sur la façon de redonner à la France son indépendance."

Leçons à tirer de la crise

Catherine Flouriot, de Selha Group, abonde dans le même sens. "Il y a des leçons à tirer de cette crise, estime-t-elle. On s’aperçoit qu’on est de plus en plus vulnérable aux crises sanitaires et catastrophes naturelles. L’idéal serait de trouver pour chaque source asiatique d’approvisionnement une alternative équivalente en Europe. C’est aux donneurs d’ordre de faire cet exercice, car nous, en tant que sous-traitants, nous ne faisons qu’acheter les composants qu’ils ont choisis. Les secteurs de l’aérospatiale et militaire l’ont déjà fait. Aux industriels des autres secteurs de le faire aussi." La balle est dans le camp des donneurs d’ordre.

Publié par Ridha Loukil le 27 février 2020, sur
https://www.usinenouvelle.com

Dépendance de l’approvisionnement chinois

Irène Breuil, présidente de la délégation stéphanoise de la CCI Lyon Saint-Etienne Métropole Roanne et dirigeante de l’entreprise Kodev qui compte 5 salariés et réalise 820 000 euros de CA. Elle fabrique notamment des mules et des tongs pour les spas, pour cela, elle a besoin de matières premières qu’elle importe de Chine.

"J’ai deux containers bloqués en Chine. Nous pouvons pour l’instant produire jusqu’à fin avril mais je sais d’ores et déjà que nous aurons une rupture de charge car il faut 2,5 mois entre la commande et la réception".

Certaines commandes ont déjà été passées, mais la livraison est incertaine. Sa trésorerie pourrait en pâtir.

"Je suis très inquiète, car j’ai déjà payé la moitié du montant de la commande. Cela immobilise de la trésorerie alors que je n’ai aucune vision sur la date de livraison. Si j’annule cette commande, je ne sais pas si je pourrai récupérer mon argent".

Cette crise est l’occasion pour l’entreprise de repenser sa stratégie d’approvisionnement.

"J’ai missionné aujourd’hui même un expert pour me dénicher de nouveaux fournisseurs plus près de nous, en Europe dans l’idéal. Ce Coronavirus aura peut-être au moins un effet positif : nous faire prendre conscience que nous devons changer nos modes d’approvisionnement. Bien sûr, nous devrons payer plus cher nos matières premières et répercuter ce coût sur nos prix de vente mais les consommateurs doivent aussi accepter de payer plus cher pour une meilleure qualité et sécurité de ce qu’ils achètent".

Pour cette chef d’entreprise, le bilan est sans appel :

"Il faut en finir avec ces approvisionnements massifs en Chine".

Pourtant certaines entreprises réussissent à tirer des avantages de cette crise. C’est notamment le cas de Lynred, le spécialiste isérois des technologies infrarouges intégrées au sein de caméras thermiques. Le coronavirus pourrait avoir un impact positif sur ses ventes puisque ses caméras sont notamment déployées dans les aéroports pour contrôler les mouvements de passagers.

Publié par Léa Meyer à Lyon, Stéphanie Gallo à Saint-Etienne le 27 février 2020, sur
https://acteursdeleconomie.latribune.fr


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C à vous @cavousf5 - 20 mars 2020
Liquidation des masques : les explications de l’ancien Ministre de la Santé @XavierBertrand #CàVous
Xavier Bertrand, était ministre de la santé (2005-2007). « J’ai été chargé par Jacques Chirac, quand j’ai été nommé jeune ministre, de préparer le pays pour les urgences sanitaires et les risques sanitaires. Nous étions à l’époque avec des informations qui nous venaient notamment de chine, du Vietnam, avec le risque de la grippe aviaire H5N1 qui présentait des taux de mortalité très importants. Je me suis rendu en Asie pour voir quel était l’état de préparation et j’ai surtout vu, que si nous pensions pouvoir compter sur les masques, notamment des industriels chinois, on risquait d’avoir des sérieuses déconvenues ! Pourquoi ? Parce que le ministre chinois de la santé m’avait dit que si jamais il y avait un problème, ils garderaient en priorité les masques pour eux, et nous, nous serions servis après. A mon retour, j’ai proposé au président de la République que l’on passe des « commandes d’état » pour que l’on crée des usines de masques et que l’on renforce les capacités de production des usines en France. C’est la raison pour laquelle aujourd’hui, il y a toujours certaines de ces usines. Et à l’époque nous commandions jusqu’à un tiers de la production annuelle. (…) Quand j’ai quitté mes fonctions, il y avait un milliard quatre cents millions de masques en France. 600 millions de masques FFP2 et 800 millions de masques chirurgicaux. (…)

Pour en savoir plus :

- Y a-t-il un risque pour l’approvisionnement en médicaments en février 2020 ?
- Il faut tirer les conséquences de la dépendance de l’approvisionnement chinois en mars 2020
- Les entreprises ont-elles le droit de se reconvertir en fabricants de masques de protection ou gel hydroalcoolique le 16 mars 2020 ?
- Face au COVID-19 BioValley France est en recherche active de cahiers des charges pour la confection de masques (chirurgicaux , FFP1 et FFP2) le 16 mars 2020
- Covid-19 : Mobilisation du Pôle textile d’Alsace pour produire des masques protecteurs le 17 mars 2020
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- Coronavirus COVID-19 : dispositifs d’appui aux entreprises
- Petit Bateau s’est associé à d’autres industriels textiles de l’Aube pour la réalisation de masques de protection le 21 mars 2020