Il y a 2 700 ans, les Celtes buvaient du vin et de la bière Des traces du vin local et de la bière d’orge dans de la vaiselle hallstattienne.

, par christophe Juppin

Dans des coupes attiques, des verres, coupes et cruches, cinq amphores massiliennes on a retrouvé des traces du vin local et de la bière d’orge.Sur le site de Vix-Mont Lassois, en Côte-d’Or, des archéologues ont trouvé des traces d’une dizaine de molécules lipidiques et d’alcool sur des ustensiles en poterie et en bronze. Ils pensent que le vin n’y était pas réservé à une élite.

Une fois de plus, le microscopique a parlé. En Bourgogne, des paléochimistes – ces Sherlock Holmes des microtraces de produits chimiques collés à la surface des objets –, ont pu prouver, qu’il y a 2 700 ans, les Celtes habitant le site deVix-Mont Lassois (Côte-d’Or) , buvaient du vin et de la bière et qu’ils consommaient une grande variété de produits animaux et végétaux. Nous sommes à la fin de l’âge du bronze et au début de l’âge du fer, sur le site d’une célèbre tombe princière contenant un énorme vase en bronze dit « le cratère de Vix », découverte, elle, dès 1953.

Depuis lors, l’analyse biochimique a fait d’immenses progrès, qui ont permis d’en savoir plus sur la vie quotidienne des Celtes installés dans la région. Des archéologues français, allemands et autrichiens ont d’abord mis au jour, depuis les années 2000, une centaine d’éléments de vaisselle en poterie et en bronze, importés ou locaux. Ces derniers se sont révélés riches d’enseignements. Parmi eux, des coupes attiques importées de Grèce, des verres, coupes et cruches, cinq amphores massiliennes et 83 poteries céramiques locales de style hallstattien (du nom de la civilisation de Hallstatt en Autriche d’où est partie cette culture celte).

Du vin local et de la bière d’orge

Tout récemment, les résultats se sont révélés plus variés que prévu, notamment la présence de vin local. « Maxime Rageot, paléochimiste, ancien post-doctorant à l’université de Tübingen (Allemagne), a réussi à identifier une dizaine de produits organiques naturels, essentiellement des lipides (graisses) comme des graisses animales, des produits laitiers, de la cire d’abeille, des huiles végétales, de la résine de conifères, des céréales (orge, blé, millet), des pépins de raisin ainsi que des traces de vin et de bière  », indique Bruno Chaume, archéologue CNRS, spécialiste de la culture de Hallstatt, et coauteur de la publication (1).

« Pour fabriquer le vin, il faut faire fermenter le jus de raisin, une opération biotechnologique délicate car si on ne surveille pas bien le processus, on obtient vite du vinaigre  », explique Dominique Garcia, spécialiste des Celtes et président de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). En revanche, la fermentation de l’orge ou du millet dans l’eau donne relativement facilement de la bière, comme cela se fait sur tous les continents en Afrique avec le millet ou en Amérique du sud avec le maïs. « On pense qu’à Vix ces boissons fermentées étaient consommées à l’occasion de cérémonies festives ou rituelles », précise Bruno Chaume.

Une boisson populaire, transportée dans des outres

Enfin, deux autres nouveautés apparaissent avec ses travaux. D’une part, l’abondance de vin laisse penser que celui-ci n’était pas réservé à l’aristocratie ou aux gens riches et puissants – comme chez les Grecs –, mais qu’il était aussi consommé par la population.

D’autre part, cette grande quantité de vin ne s’accorde pas avec le faible nombre d’amphores. « Cela relance le débat sur le mode de transport du vin : comme il n’y avait pas assez d’amphores, que le tonneau n’est apparu qu’au Ier siècle av. J.-C., et qu’on a trouvé des bouchons et des goulots métalliques, cela plaide en faveur de l’usage de l’outre, c’est-à-dire d’une peau de chèvre, de veau ou de porc cousue en forme de sac pour servir de récipient », estime Dominique Garcia. Certes on en a trouvé très peu car le cuir se dégrade facilement dans le sol, mais il existe des gravures et des textes homériques représentant les hommes transportant des outres.

(1) Publication du 19 juin 2019 dans Plos One.

(2) Le vase de Vix lui-même ayant été très restauré, il n’a pas été possible de prélever des traces pour rechercher la présence d’alcool.


Publié par Denis Sergent, le 15 aôut 2019 dans https://www.la-croix.com

Qui était le « prince » de Lavau dans l’Aube et la « Dame de Vix » en Côte-d’Or ?

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Découverts près de 2500 ans après sa fabrication, le vase de Vix - ou cratère - suscite toujours le mystère. Photo : Wolly Billard

1 100 litres...de vin !

On sait que « le cratère de Vix » pèse 208.6 kg, qu’il mesure 164 cm et qu’il pouvait contenir jusqu’à 1 100 litre de vin, grec. Le plus grand récipient en bronze que l’Antiquité nous ait légué devrait être la pièce maîtresse présentée au moment des banquets, dans lequel étaient mêlés eau et vin. Sur le dessus, le socle fait office de passoire lorsqu’on versait le vin contenu dans les amphores et qui contenait tout un tas d’épices et autres agents de conservation comme de saveurs. Mais lesquels ? Le mystère reste et devrait rester entier.

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Le visage de Méduse sur les anses du vase. Photo : Wolly Billard
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Des trous pour savoir où assembler les pièces. Photo : Wolly Billard
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Autour du col, des soldats grecs et des chars. Photo : Wolly Billard

Il venait du sud de l’italie

Fabriqué vers 530 avant J.-C., le vase a été transporté en pièce détachées et assemblé sur place, à Vix, à près de 60 kilomètres de Troyes. Comment (par voie maritime ou par voix terrestre) et dans quel but est-il arrivé là ? Au vu de la richesse de l’objet, et de son ornementation, plusieurs corps de métiers ont travaillé dessus. L’origine du vase Etrusque a été située en Italie du Sud, au sud de Naples (dans la région de Sybaris), tandis que le torque en or et d’autres bijoux ont une origine celtique.

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Sur le couvercle, représentation d’une jeune fille. Photo : Wolly Billard

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Cinétech n°34 : « L’énigme de la tombe celte »

Pour en savoir plus :

- Histoire des Celtes : qui sont-ils ? quand sont-ils arrivés en Gaule ?
- La cuirasse de Haute-Marne atterrit au Louvre Abu Dhabi le 08 novembre 2017
- Les derniers secrets du vase de Vix
- Cinétech n°34 : « L’énigme de la tombe celte » le 10 octobre 2018 à Nogent (52)
- Un cinétech au temps des Celtes
- L’énigmatique et fastueuse tombe du prince de Lavau à Troyes exposée jusqu’au 29 septembre 2019.
- Il y a 2 700 ans, les Celtes buvaient du vin et de la bière