Importation de produits contaminés

, par christophe Juppin

Les agriculteurs exhortent la Commission à faire de l’Europe la cheffe de file au niveau mondial d’une nouvelle diplomatie de la sécurité alimentaire en coopérant et en œuvrant pour la reconnaissance universelle de l’exception agriculturelle.

Les différents rapports de la Commission l’indiquent : la réglementation concernant les résidus de produits phytopharmaceutiques utilisés en Europe protège suffisamment la santé humaine et l’environnement, en raison de la rigueur des critères d’approbation.

Alors que celle sur les importations laisse à désirer…

Les agriculteurs attirent l’attention sur le risque de contamination aux pesticides des produits importés depuis le Brésil.

Mme Laurence Cohen (Val-de-Marne - CRCE) a posée une question écrite
publiée dans le JO Sénat du 12/09/2019

En effet, de nombreux pesticides, interdits en Europe car trop toxiques et nocifs pour la santé, sont très largement utilisés au Brésil. Depuis le 1er janvier 2019 et l’élection du nouveau président brésilien, près de 239 pesticides supplémentaires ont été légalisés sur le marché brésilien. Des centaines de tonnes de ces produits contaminés – soja, café, raisin, oranges, etc. – continuent d’être exportées vers l’Europe et notamment la France.

Par exemple, 80 % des oranges brésiliennes sont exportées en Europe. La France est l’une des plus grandes consommatrices de jus d’orange. Or, c’est le produit le plus riche en résidus de pesticides. De même, en 2016, la France a importé 90 millions d’euros de café brésilien, un produit cultivé avec près de 30 substances toxiques interdites en Europe. En 2016 également, la France a importé pour 600 millions d’euros de soja brésilien, transgénique à 98 %, utilisé pour nourrir les poules, les porcs et les bovins, animaux ensuite consommés par nos concitoyennes et nos concitoyens. Les normes brésiliennes autorisent 200 fois plus de résidus de glyphosate dans ce soja que les normes européennes ! Il faut également souligner que ce soja, cultivé à outrance en Amazonie, est responsable d’une partie de la déforestation et des incendies qui ravagent aujourd’hui le «  poumon de la planète ».

Ces produits sont très dangereux pour la santé. Au Brésil, on estime qu’une personne meurt, tous les deux jours, intoxiquée par les pesticides (164 personnes en 2017 précisément). En France, ils risquent d’avoir des conséquences néfastes sur la santé des consommateurs.

« Il est complètement anormal de constater que des limites maximales de résidus (LMR), pour des produits dont l’utilisation est interdite en Europe en raison de leur dangerosité, soient fixées à des valeurs pouvant atteindre 50 fois le seuil par défaut de LMR. Cela aboutit à une distorsion de concurrence insoutenable et redoutable pour les producteurs, permettant l’importation de denrées traitées avec des produits dangereux pour les consommateurs européens, nuisant de fait aux deux  », a déclaré Bernard Lannes, président de la Coordination Rurale.

« L’axe des LMR nous semble pertinent, efficace et juste tant pour les consommateurs que pour les agriculteurs. En imposant le seuil par défaut de résidus de substances chimiques à 0,01mg/kg pour l’importation de toutes les denrées alimentaires humaines et animales, les agriculteurs européens verraient un premier pas vers une égalité de moyens avec ceux des pays tiers. L’’Europe serait alors réellement légitime pour parler de diplomatie verte », a déclaré Alexandre Armel, responsable de la section Bovine de la CR.

"La Beauce, le glyphosate et moi"

Isabelle Vayron ne veut pas de résidus de glyphosate dans l’assiette de ses enfants. Mais cette journaliste vit dans la Beauce, avec des voisins agriculteurs . Son documentaire, à voir sur Public Sénat, révèle des solutions pour transformer l’interdiction en opportunité.

Dès que j’en ai entendu parler, ma première réaction a été « je voudrais qu’on l’interdise tout de suite » explique Isabelle Vayron. Mais je suis consciente que c’est toujours très facile de vouloir interdire quelque chose quand on ne s’en sert pas dans sa vie quotidienne.

Un road-movie d’investigation : "La Beauce, le glyphosate et moi" a été diffusé le 23 janvier 2021 sur Public Sénat, il est désormais disponible gratuitement sur le site de la chaîne.

Dans la Beauce, de nombreux agriculteurs ne veulent pas se passer de glyphosate. Cela les contraindrait à utiliser d’autres herbicides, à consommer plus de carburant pour labourer, à voir des herbes envahir leurs champs et leurs rendements diminuer. Sans compter qu’ils ne sont pas convaincus de ses dangers pour la santé. Pendant deux ans, Isabelle Vayron les a côtoyé, se laissant presque convaincre.

Ce n’est pas un documentaire à charge contre les agriculteurs et agricultrices, loin de là. Isabelle Vayron leur donne la parole. La relation de confiance entre elle et eux est visible et précieuse. On comprend à quel point le monde agricole se sent trahi.


Pour en savoir plus :

- Echanger pour maintenir l’agriculture dans nos villages
- Importation de produits contaminés le 23 janvier 2021