« Aider les entreprises à intégrer les nouvelles technologies et les nouvelles méthodes de production » Jean Rottner le 20 novembre 2018

, par christophe Juppin

La Commission européenne a reconnu la collectivité du Grand Est comme une région leader en matière transition industrielle. Le Grand Est noue des partenariats avec d’autres régions et le Land de Bade-Wurtemberg. Interview de Jean Rottner le 20 novembre 2018.

La région Grand Est est-elle toujours une région industrielle ?

Bien sûr, et peut-être plus que jamais. L’industrie pèse 16 % de l’emploi régional et nous sommes la deuxième région industrielle de France, avec une balance commerciale présentant un solde excédentaire de 4,7 milliards d’euros, en partie parce que notre territoire attire des industriels allemands qui exportent. Cette histoire industrielle est moderne, vieille de seulement trente ou quarante ans. Elle s’écrit sur les friches de la désindustrialisation qui a frappé les vallées vosgiennes, les mines de potasse alsaciennes, le déclin des forges dans les Ardennes et, bien sûr, les mines et la sidérurgie lorraines. Mais partout nous avons su nous relever en prenant appui sur cette capacité industrielle existante.

Le rôle de la région est désormais de construire un écosystème capable d’accompagner cette renaissance avec des infrastructures performantes, comme la ligne TGV ou le déploiement du très haut débit, en créant des pôles de compétitivité, en développant des pôles universitaires et scientifiques majeurs. Nous sommes là pour faire le lien entre tous les acteurs et pour redonner du sens.

Comment passer de l’industrie ancienne à l’industrie du futur ?

Notre ambition est bien de construire l’économie de demain. Une économie compétitive, connectée, en réseau et respectueuse de l’environnement. Et nous voulons devenir un leader européen incontesté de l’industrie du futur dans un contexte de profonde mutation économique. La Commission européenne a d’ailleurs reconnu notre collectivité comme l’une des dix régions européennes leaders en transition industrielle. Nous développons par exemple la bioéconomie sur l’ouest du territoire en lien avec le pôle de compétitivité IAR [industries & agro-ressources, NDLR]. Il s’agit de passer d’une agriculture nourricière à un nouveau modèle industriel à partir de la valorisation des ressources agricoles. Nous le faisons en partenariat avec d’autres régions françaises, les Hauts-de-France et l’Ile-de-France, mais aussi avec le Land voisin du Bade-Wurtemberg en Allemagne.

De façon globale, nous regardons d’ailleurs ce qui se passe de l’autre côté du Rhin en matière d’industrie du futur. Il y a là-bas des modèles qui nous intéressent et avec lesquels nous sommes assez complémentaires.

Quelle est votre stratégie pour aider les entreprises à se moderniser et faire le grand saut dans l’industrie 4.0 ?

Depuis plus de deux ans et demi, nous avons mis en place une politique ambitieuse pour encourager nos entreprises à se moderniser afin d’entrer dans l’ère du 4.0. Nous avons lancé en 2015 le plan régional Industrie du Futur, qui est un des piliers de notre schéma régional de développement économique d’innovation et d’internationalisation, entré en vigueur en juin 2017 : 3,5 millions d’euros sont investis pour aider les entreprises à intégrer les nouvelles technologies et les nouvelles méthodes de production, notamment grâce aux diagnostics de performance industrielle. Il s’agit de permettre aux entreprises d’optimiser leurs ressources énergétiques et de transformer leurs sites de production en unités plus intelligentes, flexibles, connectées et respectueuses de leur environnement.

Nous avons également créé en juin 2018 Grand E-nov, la nouvelle agence régionale d’innovation du Grand Est, avec pour objectif de répondre aux besoins des entreprises en matière d’innovation sous toutes ses formes, en lien avec l’ensemble des universités et des centres de recherche. Cet outil réactif et agile vise à catalyser l’innovation et amplifier la recherche et développement à l’échelon de la région. L’agence accompagne toutes les entreprises dans leurs projets d’innovation : que ce soit pour la création de nouveaux produits ou services, la structuration d’un projet de R&D, l’identification de partenaires technologiques ou de start-up, la transformation digitale ou l’accès à des financements régionaux, nationaux ou européens.

Comment associer les autres collectivités à ce mouvement d’ensemble ?

Par exemple en signant des Poce, pactes offensive croissance emploi, des alliances territoriales conclues avec des EPCI [établissement public de coopération intercommunale, NDLR] pour doper la compétitivité, l’attractivité économique et l’emploi. Ces Poce scellent, dans un esprit d’efficacité et de proximité, un partenariat fort de dialogue et d’action, dont l’objectif est de faire levier pour encourager l’innovation. Ils se basent sur les besoins du territoire en fonction de ses spécificités, de ses atouts et de ses potentiels et constituent un lieu privilégié de dialogue, de coconstruction et de coopération. Ils permettent d’identifier les actions structurantes à mener en matière de développement économique et d’innovation.

Nous avons déjà signé des Poce avec la Communauté de Communes Pays Rhin-Brisach, la Métropole du Grand Nancy, l’Eurométropole de Strasbourg , Colmar Agglomération. Nous veillons également à travailler en concertation avec les départements, même s’ils ne peuvent plus financer le développement des entreprises depuis la réforme territoriale, et à conjuguer nos forces pour être le plus efficaces possible.

La création de la nouvelle collectivité européenne d’Alsace au 1er janvier 2021 est-elle susceptible de remettre en cause cette feuille de route ?

En aucun cas. La nouvelle donne alsacienne ne modifiera en rien le périmètre de compétences de la région. L’Alsace anticipe le droit à la différenciation prévu par le projet de réforme constitutionnelle, mais d’autres territoires s’organisent déjà de façon efficace depuis plusieurs années, comme le Sillon lorrain. Nous testons dans cette logique un nouveau modèle d’agence de développement économique en Moselle . La région et le département de la Moselle se sont associés en mars 2018 au sein de la nouvelle structure Moselle Attractivité pour assumer leurs responsabilités respectives en matière économique et touristique, grâce à une participation financière croisée. C’est un modèle qui pourrait faire école ailleurs, en Alsace, dans les Vosges, dans la Meuse, dans l’Aube, dans la Marne.

Philippe Flamand

Publié le 20 novembre 2018 Par Philippe Flamand dans www.lesechos.fr

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