Covid-19 : Jean Rottner : « C’est un rouleau compresseur qui nous est arrivé dessus » le 23 mars 2020 On est vraiment dans l’œil du cyclone.

, par christophe Juppin

INTERVIEW - Le président LR de la région Grand Est, médecin urgentiste, a demandé de l’aide aux autres régions françaises moins touchées par le coronavirus. Dès le 5 mars 2020, il alertait Emmanuel Macron.

Le Figaro. - Le Grand Est est particulièrement touché par l’épidémie. Décrivez-nous la situation.

Jean Rottner. - On est à la quatrième semaine d’épidémie et à la troisième semaine de prise en charge. On est vraiment dans l’œil du cyclone. « Si vous traversez l’enfer, surtout continuer d’avancer », disait Churchill. C’est un peu notre situation aujourd’hui avec des soignants fatigués, confrontés à des prises en charge de patients, parfois très jeunes, confrontés aussi à la mort. C’est un rouleau compresseur qui nous est arrivé dessus. Tout est parti du rassemblement évangélique du 17 au 24 février à Mulhouse. 2000 personnes - dont 300 enfants - sont réunies. Les gens venaient de partout, de Mulhouse, du Doubs, de la région parisienne, de Guyane, d’Allemagne, de Suisse.

Que se passe-t-il fin février 2020 ?

À partir de ce rassemblement, la contamination est large et à grande vitesse. Le 2 mars 2020, le premier patient est admis à Mulhouse en réanimation. Le 4 mars au soir, je vais réguler au Samu : là je mesure l’ampleur du phénomène avec une multiplication par 5 du nombre de coups de fil et des appels de toute la région. Le 22 mars, on est passé en 24 heures de 1169 patients pris en charge pour le Covid-19 à 1497 hospitalisés. Soit environ 300 de plus en 24 heures, dont 45 supplémentaires admis en réanimation sur les 120 que compte la France. Une bonne nouvelle néanmoins : 402 patients sont sortis de l’hôpital et sont considérés comme guéris.

On a besoin de renfort. J’ai lancé un appel en fin de semaine dernière à mes collègues, présidents de conseils régionaux, de l’Ouest notamment qui sont à ce jour moins touchés

Comment faire face à cet afflux de malades ?

Grâce à l’armée, nous avons évacué des patients vers Bordeaux, Toulon, Marseille. Avec nos hélicoptères, nous l’avons fait vers tous les centres hospitaliers de la région : Troyes, Reims, Nancy… de manière à pouvoir accueillir de nouveaux malades. L’hôpital de campagne nous soulage aussi beaucoup, comme les cliniques privées : leurs réanimateurs, leurs infirmiers sont venus prêter main-forte aux hôpitaux publics. Mais les lits sont à peine libres qu’ils sont réoccupés. Le 11 mars, avec mes homologues de trois landers allemands voisins et le premier ministre du Luxembourg nous avons mis en place une cellule pour permettre des évacuations sanitaires de patients français.

Que vous manque-t-il désormais ?

Essentiellement des hommes et des femmes. On a besoin de renfort. J’ai lancé un appel le 20 mars 2020 à mes collègues, présidents de conseils régionaux, de l’Ouest notamment qui sont à ce jour moins touchés : Alain Rousset pour la Nouvelle-Aquitaine, Christelle Morançais pour les Pays-de-la-Loire, Hervé Morin pour la Normandie, Loïg Chesnais-Girard pour la Bretagne. Je leur ai demandé s’ils pouvaient nous adresser des petites équipes de réanimateurs, d’urgentistes, d’infirmiers pour soulager pendant une dizaine de jours nos propres équipes. En même temps, c’est une façon d’apprendre de la crise si jamais l’épidémie arrive dans leurs régions. Les quatre présidents ont aussitôt répondu à mon appel, les agences régionales de santé se sont mises en contact les unes avec les autres. Nous devrions avoir les premiers retours de cette initiative cette semaine.

A posteriori, on peut se dire qu’il aurait fallu être plus rigoureux plus tôt mais les Français l’auraient-ils compris et accepté ?

Quel est le bilan dans les Ehpad ?

Nous allons avoir un nombre de décès significatifs et une situation proche de l’été 2003 avec la canicule. Le nombre de décès sera du même ordre.

Vous avez alerté le chef de l’État début mars sur la gravité de la situation. Avez-vous été entendu ?

Je lui ai écrit un message le 5 mars 2020 : « Sans être alarmiste, la situation haut-rhinoise devient réellement endémique. J’ai passé quatre heures à la régulation du Samu hier soir et j’ai pu apprécier la diffusion du virus. Rester au stade 2 alors que nous nous comportons petit à petit comme si nous étions au stade 3 ne me semble pas réaliste. Nous faisons tout ce que nous pouvons mais la parole publique risque d’être dépassée par les faits ». Il m’a répondu qu’il suivait la situation de près et que le passage au stade 3 devait avoir lieu la semaine suivante. Je crois qu’il souhaitait que la phase 3 soit nationale. Grâce à l’ensemble des personnes qui l’ont alerté, notamment le préfet, nous sommes passés dans le Grand Est au stade 2 renforcé avec la fermeture des écoles et des structures publiques. A posteriori, on peut se dire qu’il aurait fallu être plus rigoureux plus tôt mais les Français l’auraient-ils compris et accepté ? Peut-être aurait-il fallu des mesures plus fortes encore dans les clusters. On s’attendait à une épidémie progressive et maîtrisable ; on s’est pris un mur en pleine figure.

Je salue la décision des industriels de réarmer les chaînes de production textile dans les Vosges, l’Aube, la Moselle, l’Alsace pour produire 500.000 à 1 million de masques

Qu’aurait-on pu faire autrement ?

L’heure du bilan arrivera… Dans les clusters comme l’a été Mulhouse, il aurait fallu adapter la doctrine nationale et distribuer largement les masques. Je suis pour les généraliser. Je l’ai dit au premier ministre. Sinon la vie économique risque de s’arrêter. On ne peut pas dire que la France doit fonctionner a minima et ne pas protéger les policiers, les caissières et tous ceux qui travaillent et permettent au reste de la population d’être confiné. Il faut laisser les collectivités locales pouvoir agir autrement.

C’est la raison pour laquelle j’ai lancé un appel aux entreprises locales : en 24 heures, j’ai reçu 350.000 masques. J’en ai aussi commandé 5 millions à la Chine. Je salue la décision des industriels de réarmer les chaînes de production textile dans les Vosges, l’Aube, la Moselle, l’Alsace pour produire 500.000 à 1 million de masques. Petit à petit, la production va croître grâce à la solidarité des entreprises locales.

Comment voyez-vous l’après ?

Il y aura un avant et un après notamment sur la gestion de l’hôpital public. Il faudra repenser un système hospitalier en évitant les cloisonnements publics-privés. Les Français sont attachés à l’hôpital public. Il faudra aussi que l’industrie en tire les leçons. Nous avons lancé la semaine dernière un pacte de relocalisation au niveau de la région car nous sommes, pour un certain nombre de productions, trop dépendant de l’étranger.

Avez-vous demandé à être testé ?

Non, parce que je ne présente aucune raison médicale de le faire.


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Publié par Marion Mourgue le 23 mars 2020 https://www.lefigaro.fr/

Publié par Marion Mourgue le 23 mars 2020 https://www.lefigaro.fr/


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Jean Rottner : « C’est un rouleau compresseur qui nous est arrivé dessus » le 23 mars 2020

Le RGPD complique la distribution des masques de protection aux professionnels de santé

Jean Rottner, le Président de la région Grand Est, durement touchée par le Covid-19, pointe du doigt le RGPD comme compliquant la distribution des masques aux professionnels de santé. La CPAM et la Région Grand Est en arrivaient à un blocage dans leurs échanges le 25 mars 2020, se désole-t-il.

Le règlement européen sur la protection des données peut compliquer inutilement la lutte actuelle contre le Coronavirus. C’est le sentiment de Jean Rottner, Président de la région Grand Est, et médecin urgentiste de profession.

Il manifeste son énervement à l’heure où il est urgent de réagir à la dégradation de la situation dans les services hospitaliers à Mulhouse, Colmar et Strasbourg. Il déclare que le RGPD (Règlement général sur la protection des données) empêche la CPAM (Caisse Primaire d’Assurance Maladie) de communiquer la liste des professionnels de santé à l’Union régionale des professions de santé qui est chargée de répartir les masques de protection contre le Coronavirus dans le Grand Est.

« J’ai un devoir de protection en tant qu’élu. Ce devoir de protection se heurte à des choses toutes simples. Nous avons commandé 5 millions de masques qui ne vont pas tarder à arriver. Pour faire leur répartition nous passons par l’union régionale des professions de santé qui a besoin d’une liste des professionnels de santé » décrit le Président de région.

« Aujourd’hui la CPAM nous refuse cette liste à cause du RGPD. Voila la situation dans notre pays. Nous sommes à 1100 morts. Nous doublons les morts tous les 3 jours en France et à cause de la RGPD on est en incapacité de distribuer de manière efficace les masques aux professionnels de santé qui sont au front, en médecine libérale, SOS médecins, dans les Ehpads. C’est pour moi juste un scandale » conclut-il.

Publié le 25 mars 2020 dans https://www.larevuedudigital.com


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BLEGER-RHEIN-POUPON @Cabinet_BRP 26 mars 2020
Le RGPD complique la distribution des masques de protection aux professionnels de santé
https://www.larevuedudigital.com/le-rgpd-complique-la-distribution-des-masques-de-protection-aux-professionnels-de-sante/

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Vosges terre textile @VosgesTT · 2 avril 2020 [ Fantastique Chaîne de #Solidarité ]
Dans les #Vosges, ce sont 13 ateliers de confection qui se sont organisés pour confectionner des #masques anti-émissions
Bravo et Merci aux couturier(e)s qui se #mobilisent quotidiennement et #bravent leur peur du #virus !!

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Ouest-France @OuestFrance · 11 avril 2020
DIRECT. Coronavirus : plus de 100 000 morts dans le monde, 13 197 en France, Pâques en confinement
https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/direct-coronavirus-plus-de-100-000-morts-dans-le-monde-13-197-en-france-paques-en-confinement-6805964?utm_source=twitter&utm_medium=social&utm_campaign=rss_to_twitter

Pour en savoir plus :

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