L’électricité sur des charbons ardents en janvier 2020 Production d’électricité : le charbon toujours en tête

, par christophe Juppin

Depuis la signature des Accords de Paris sur le climat en 2015, quel est, selon vous, le mode de production de l’électricité qui a le plus augmenté dans le monde ? Alors que les scientifiques s’alarment d’un risque d’emballement de la machine climatique, l’homme augmente ses émissions de gaz à effet de serre. Principal accusé : le charbon.

Depuis la signature des Accords de Paris sur le climat en 2015, quel est, selon vous, le mode de production de l’électricité qui a le plus augmenté dans le monde ?

Le principe de cette chronique mensuelle, qui démarre en janvier 2020 dans l’Express, est de commenter un fait (mesurable), qui, le plus souvent, sera « contre-intuitif » pour le lecteur de l’Express. Pour savoir jusqu’où ce fait sera contre-intuitif, un petit sondage en ligne sera effectué dans L’Express pendant une semaine à 15 jours avant que Jean-Marc Jancovici ne rédige son texte, pour demander «  l’avis de tou(te)s ». C’est bien entendu Jean-Marc Jancovici qui formule la question ainsi que les réponses possibles.

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Jean-Marc Jancovici, enseignant, chercheur et consultant spécialisé. L’homme bien que clivant dit quand même plein de choses extrêmement intéressantes.

Pour la première édition de cette chronique, intitulée « pas si simple », la question posée était la suivante : « Depuis la signature des Accords de Paris sur le climat en 2015, quel est, selon vous, le mode de production de l’électricité qui a le plus augmenté dans le monde ?  ». Les réponses possibles étaient : solaire, éolien, hydro, nucléaire, charbon, gaz. La bonne réponse est bien entendu fournie et commentée dans ce billet ; celle obtenue par le sondage fournie à la fin du billet.

Alors que les scientifiques s’alarment d’un risque d’emballement de la machine climatique, l’homme augmente ses émissions de gaz à effet de serre. Principal accusé : le charbon.

D’où proviennent les émissions humaines de gaz à effet de serre, qu’il faut faire baisser le plus vite possible si nous voulons éviter que 2019 ne devienne une année « sympathique » au regard de ce que sera l’avenir ?

Contrairement à ce que nous pourrions penser en regardant la situation française, où les transports arrivent en tête des émetteurs de CO2, sur l’ensemble de la planète, c’est la production électrique qui occupe la première marche du podium, avec presque 30 % des émissions (contre 15 % pour les transports).

Ce ne sont pas les panaches blancs qui trônent au-dessus des tours de réfrigération de nos réacteurs nucléaires qui sont en cause (ils contiennent de la vapeur d’eau). La production électrique qui engendre du CO2, c’est celle qui demande la combustion du charbon, du gaz ou, plus marginalement, du pétrole pour fournir de la vapeur en grande quantité, qui, via des turbines, fabrique le précieux courant. [NDR : sur la photo de centrale à charbon qui illustre cette page, la fumée de la combustion du charbon sort des hautes cheminées « minces », les grosses tours trapues servant uniquement au refroidissement de la centrale en bord de rivière – il n’y en a pas sur les centrales en bord de mer – en évaporant de l’eau, et ces tours sont présentes que la centrale soit nucléaire ou au charbon].

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Photo de centrale à charbon, la fumée de la combustion du charbon sort des hautes cheminées « minces », les grosses tours trapues servant uniquement au refroidissement de la centrale en évaporant de l’eau, et ces tours sont présentes que la centrale soit nucléaire ou au charbon.

Plus précisément, 38 % de l’électricité mondiale est produite au charbon, 23 %, au gaz, et 3 %, au pétrole, le total fossile représentant donc à peu près les deux tiers des 27 000 milliards de kWh que les machines électriques terrestres ont utilisés en 2018. Pourquoi cette prédominance du charbon ? Parce qu’il reste peu cher et disponible en abondance dans des pays très peuplés (Chine, Inde, Etats-Unis, Indonésie…). Alors, tant que nous n’avions pas de souci avec le climat, ce ne sont pas les maladies des mineurs et la pollution liée à son utilisation qui nous ont arrêtés : nous en possédions, nous l’avons utilisé.

Oui mais, ça, c’était avant ! Avant l’accord de Paris, par lequel les pays se sont engagés, en 2015, à réduire leurs émissions de telle sorte que le réchauffement climatique soit limité à 2 °C entre 1850 (représentative de ce que l’on appelle «  l’ère préindustrielle ») et 2100. Depuis, nul doute que nous sommes passés à l’action.

Avec 20 % des émissions mondiales à elles seules, les quelques milliers de centrales à charbon de la planète devraient donc être l’objet de toute notre attention, pour s’en séparer au plus vite et les remplacer par des modes peu émetteurs de CO2 (hydraulique, nucléaire, géothermie, biogaz, éolien et solaire). Et n’est-ce pas déjà le cas avec les installations de capacités renouvelables, qui se multiplient ?

Production d’électricité : le charbon toujours en tête

Malheureusement, sur les trois années qui viennent de s’écouler, 2017, 2018 et 2019, ce n’est pas du tout ce qui s’est passé : quand on regarde quel mode a le plus augmenté sa production, l’électricité au charbon monte toujours sur la plus haute marche du podium, devant celle au gaz. Pour l’électricité au charbon, cette évolution reste cependant très contrastée selon les zones. C’est pour cela que nous autres, Européens, avons cette illusion d’optique : chez nous, le recours au charbon diminue (-20 % en trois ans dans l’Union européenne, et la région où il a le plus baissé est… la Grande-Bretagne), ainsi que chez nos « cousins » des Etats- Unis (-15%).

Mais, en Chine, qui concentre la moitié des centrales à charbon mondiales, l’électricité au charbon a augmenté bien plus vite que toute autre forme de production depuis 2015, malgré les informations qui circulent périodiquement sur Internet concernant l’essor du solaire ou de l’éolien dans l’empire du Milieu. L’électricité au gaz, elle, a augmenté dans toutes les zones. Avec 400 g de CO2 émis par kWh produit, elle demeure certes plus « propre  » que celle au charbon (1000 g/kWh), mais on est encore très loin du « zéro émission ». Quelle action réelle l’homme doit-il donc mener en la matière ? Il faut que, au niveau mondial, les productions électriques « bas carbone » remplacent rapidement les modes carbonés. Pour le moment, nous en sommes loin.

NB : seulement 20% des « sondés  » ont deviné la bonne réponse, qui était le charbon. La réponse la plus fréquente a été « le solaire » (avec 25% des répondants), dont la croissance a été la moitié de celle du charbon (voir plus bas). Preuve que mon intuition sur la mauvaise perception des faits par une majorité était bonne…

Publié par Jean-Marc Jancovici le 15 janvier 2020 dans L’Express du 16 janvier 2020 https://www.lexpress.fr

Cadeau bonus : quelques graphiques à l’appui de cet article

Vous trouverez ci-dessous quelques graphiques non publiés avec la chronique dans L’Express, mais utiles pour comprendre certaines affirmations.


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Variation de la production électrique dans le monde, en milliards de kWh électriques, selon le mode, de 2015 (signature des accords de Paris) à 2018. Le charbon arrive bien en tête…
Données primaires BP Statistical Review

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Variation de la production électrique en Chine, en milliards de kWh électriques, selon le mode, de 2015 (signature des accords de Paris) à 2018. No comment.
Données primaires BP Statistical Review

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Variation de la production électrique dans l’OCDE, en milliards de kWh électriques, selon le mode, de 2015 (signature des accords de Paris) à 2018. On voit bien que dans cette zone le charbon a diminué dans la production électrique. C’est valable pour l’Europe et pour les USA, par contre au Japon cette production est restée stable sur cette période (par contre elle a augmenté de 2011 à 2018, en conséquence de l’arrêt du nucléaire).
Données primaires BP Statistical Review

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Décomposition de la production électrique mondiale en 2018. Données primaires BP Statistical Review

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Détention des réserves de charbon en 2018. On constate facilement que parmi les plus gros détenteurs de charbon (qui est par ailleurs une énergie qui s’utilise essentiellement de manière domestique, car il se transporte mal) se trouvent les 2 pays les plus peuplés de la planète (Chine et Inde), la plus grosse puissance économique (les USA), et le premier exportateur mondial (Australie).
Données BP Statistical Review.

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Pays les plus consommateurs de charbon dans le monde en 2018. Les 11 premiers détenteurs de réserves (graphique précédent) se trouvent tous dans les 16 premiers consommateurs de charbon de la planète.
Données BP Statistical Review.

Publié par Jean-Marc Jancovici le 16 février 2020 dans https://jancovici.com


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Marianne @MarianneleMag·
"L’autorégulation est le plus grand défi de l’espèce humaine. Il est malheureusement certain que les épisodes de l’été dernier ne sont qu’un apéritif à côté de ce qui arrive. Quand en plus, il y aura moins de pétrole, cela va devenir beaucoup moins drôle."


Commission d’enquête sur le coût réel de l’électricité au Sénat le 31 janvier 2013

Subventionner le solaire et l’éolien, c’est subventionner le CO2.

Démonstration de Jean-Marc Jancovici auprès de la commission du Sénat, sous serment s’il vous plaît.

Il est temps d’en finir avec l’idée fausse selon laquelle les éoliennes et les panneaux solaires sont une solution en Europe, notamment en France, pour remplacer les énergies fossiles. Au contraire !

Je vous encourage à prendre le temps de regarder cette intervention en entier sur ce lien :

https://www.youtube.com/watch?v=MULmZYhvXik

Diaporama utilisé : https://fr.slideshare.net/JoelleLeconte/diaporama-snat-cout-reel-de-llectrici
Sénateur(s) : DESESSARD Jean, PONIATOWSKI Ladislas


HEC Debats a invité Jean-Marc Jancovici le 05 février 2020.

Les Associations HEC Debats et ESP’R, Le Réveil Écologique, et le centre S&O ont invité Jean-Marc Jancovici à la conférence inaugurale de la Earth Week le 05 février 2020.

https://www.youtube.com/watch?time_continue=1&v=pGlx_xHAbjA&feature=emb_title

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Jean-Marc Jancovici @JMJancovici· 16 février 2020
Vidéo de la conférence de Jean-Marc Jancovici "20 minutes pour comprendre" - HEC Débats le 5 février 2020 Partie questions et débat à 51’40 (visiblement il avait débordé des 20’ ;-) )
Disponible également en version audio : https://soundcloud.com/effondrement-imminent/jancovici-hec-debats-05022020

Jean-Marc Jancovici est un ingénieur français diplômé de l’École polytechnique et de Télécom, qui s’est spécialisé dans la thématique énergie-climat. Il est consultant, enseignant, conférencier, auteur de livres et chroniqueur. Il est connu pour son travail de sensibilisation et de vulgarisation sur le changement climatique et la crise énergétique.

Site web : http://jancovici.com


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Valerie Faudon @ValerieFaudon 14 février 2020
Brice Lalonde  : ceux qui luttent contre le nucléaire sont les meilleurs alliés du changement climatique. Sans nucléaire, on y arrivera pas. On a besoin de tout. @NucleaireActu @SFENorg

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François Momboisse @fmomboisse 16 février 2020
“Je ne vais pas vous dire que fermer des centrales nucléaires aide à lutter contre le réchauffement climatique. Parce que ce n’est pas le cas”, @J_B_Levy sur @Europe1 . Le problème avec les ingénieurs c’est qu’ils sont factuels et rationnels. :)

Pour en savoir plus :

- Conférence de Jean-Marc Jancovici pour l’ADEME Ile de France le 13 avril 2018
- "Décarboner l’économie c’est un projet extrêmement noble" Jean-Marc Jancovici le 27 novembre 2018
- « On n’a pas trouvé mieux que le nucléaire pour produire de l’électricité sans trop polluer »
- Remise du Rapport 2019 du Haut Conseil pour le Climat le 26 juin 2019
- La révolution énergétique allemande dans l’impasse en décembre 2019
- Climat, nucléaire, homéopathie… Pourquoi nous maltraitons la science
- Jean-Marc Jancovici : « L’Allemagne est le contre-exemple absolu en matière de transition énergétique »
- Selon une étude allemande, les voitures électriques polluent plus qu’une voiture diesel : leur empreinte carbone pourrait être 28% supérieure
- Jean-Marc Jancovici évoque la décennie 2020 : "Pour résoudre le problème écologique, il faudra baisser notre pouvoir d’achat
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