Les ETI allemandes appelées à investir en France le 17 octobre 2019 à Stuttgart quand elle fonctionne la coopération franco-allemande est extrêmement puissante

, par christophe Juppin

La banque publique française Bpi a entamé jeudi soir 17 octobre 2019 à Stuttgart la première étape de sa campagne de séduction auprès des entreprises familiales allemandes. Objectif : rééquilibrer sous forme d’investissement productif le déficit commercial franco-allemand.

Le directeur général de Bpifrance n’a pas froid aux yeux : il a choisi Stuttgart, centre historique du très discret Mittelstand, pour lancer jeudi soir 17 octobre 2019 sa campagne de séduction auprès de ces champions allemands . L’objectif est de convaincre ces acteurs, prompts à regarder vers l’Europe de l’Est ou l’Asie, de l’intérêt d’investir en France.

« Il y a toujours une entreprise française à acheter, nous pouvons être votre point d’entrée. Tout sera vendu mais je préférerais que ce soit à vous plutôt qu’à des groupes chinois ou américains  », a assuré Nicolas Dufourcq à un parterre d’entrepreneurs allemand jeudi soir 17 octobre 2019 à Stuttgart.

Nicolas Dufourcq se rendra en 2020 à Munich, à Hanovre, en Rhénanie-Palatinat puis à Dortmund. Mais cette première étape a valeur de test. La salle de 80 places réservée dans l’imposante Maison de l’économie (« Haus der Witschaft »), qui concentre les activités de promotion économique du Bade-Würtemberg, s’est révélée trop exiguë. Il a fallu aller chercher une vingtaine de chaises supplémentaires avant que Nicolas Dufourcq commence son discours… en allemand.

« Tout sera vendu mais je préférerais que ce soit à vous plutôt qu’à des groupes chinois ou américains »

« Je suis venu vous parler de nos clients, ces champions cachés de l’industrie françaises qui partagent les même ambitions et préoccupations que vous », a déclaré le patron de Bpifrance, en rappelant que la banque est au capital de 600 sociétés. Son portefeuille ayant vocation à tourner, «  il y a toujours une entreprise française à acheter  », a-t-il indiqué, la Bpi pouvant «  être votre point d’entrée. Tout sera vendu mais je préférerais que ce soit à vous plutôt qu’à des groupes chinois ou américains  », a conclu le patron de la banque publique.

Un déficit commercial franco-allemand abyssal

De fait, le stock total de capital investi par des industriels allemands dans l’Hexagone se limite à 11 milliards d’euros. En parallèle, la France affiche un déficit commercial annuel de 15 à 17 milliards avec l’Allemagne, essentiellement industriel. « C’est comme si on avait transféré en 10 ans 150 milliards d’euros de fonds propres outre-Rhin ! Il faut que cet argent revienne sous forme d’investissement productif », a martelé Nicolas Dufourcq.

Devant l’auditoire, un panel de chefs d’entreprises allemands et français ayant fait des acquisitions de part et d’autre du Rhin, il a enchaîné sur les atouts de ces opérations, une fois levés les obstacles linguistiques et culturels. Le directeur général de Chemoform, spécialiste de l’assainissement de l’eau des piscines, Cedric Mayer-Klenk, a témoigné, après avoir finalisé ce mois-ci une deuxième acquisition en France. « Nous avons invité les équipes françaises au siège de Wendlingen et multiplié les échanges pour créer un esprit de groupe qui assure une communication fluide  », a-t-il raconté.

Créer un « M-40 » franco-allemand

Cette fluidité, Henri Marchetta, président de Macalac, fabricant français de pelles polyvalentes sur pneus et sur chenilles, l’a confirmé. Après le rachat, il y a 15 ans, d’une société dans le Schleswig-Holstein, « ce fut très difficile car la culture du chef y était très forte  », a-t-il raconté. « L’entité est devenue une forteresse à la main du directeur général et de son directeur financier. Il a fallu s’en séparer et réorganiser les circuits de décision pour enfin bénéficier de l’esprit d’équipe des Allemand », se souvient Henri Marchetta. Mais « quand elle fonctionne la coopération franco-allemande est extrêmement puissante  », a-il-conclu.

« Ce sera gagné quand chacun se moquera de ses propres défauts »

Nicolas Dufourcq ambitionne de créer un accélérateur franco-allemand avec 5 entreprises familiales de chaque nationalité pour faciliter cette coopération. « Ce sera gagné quand chacun se moquera de ses propres défauts », a relevé le patron de la Bpi. D’ici-là, ce chantre des décisions dites « bottom-up », du bas vers le haut, a annoncé la mise en route d’un premier club de dirigeants franco-allemands dans le secteur de la santé, réunissant dix PME du secteur.

Ninon Renaud (Correspondante à Berlin)
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Publié par Ninon Renaud le 18 octobre 2019 dans https://www.lesechos.fr

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Entreprises à capitaux étrangers en Haute-Marne. (Source : observatoire économique CCI Meuse Haute-Marne - Juin 2019)

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