Les Langrois étaient déjà confinés en 1635 La grande peste de 1635-1638 a décimé plus de la moitié de Langres et des communes avoisinantes.

, par Patricia Charmelot

Le Covid-19 n’est pas le premier virus à avoir contraint la population au confinement. Le plus meurtrier fut celui de la grande peste, en 1635.


Rues vides, vitrines éteintes, même nos rituels sociétaux sont bousculés depuis le début de cette pandémie de Covid-19.

Des scènes presque hors du temps, et pourtant, au fil de l’Histoire, ces mêmes précautions se retrouvent et, à Langres, c’est le XVIIe siècle qui fut le plus meurtrier. En effet, entre 1632 et 1636, Langres a subi deux vagues de peste quasiment consécutives.

Des épisodes très bien relatés sur le site de l’association Langres-Montreal où l’on apprend que cette sinistre période débuta le 2 novembre 1632. Ce jour-là, la peste fait son apparition dans deux rues, la rue Sainte-Barbe rebaptisée aujourd’hui rue Tassel et celle du Petit-Cloître.

Un médecin et deux saccards

Cette première vague dura six mois au cours desquels, les habitants atteints ou suspectés de l’être étaient soit confinés à demeure, pour les plus riches, ou expulsés pour les plus pauvres. Un contrat est signé entre la “municipalité” et un médecin, Humbert Jacob, chirurgien d’Anrosey. Pour 29 livres (soit environ 990 €) par mois, auxquels s’ajoutent les frais de bouche pour lui et son valet ainsi qu’un logement, Humbert Jacob s’est donc vu confier la tâche d’apporter les soins aux malades. Un seul médecin accompagné de deux saccards, à la fois infirmiers et croque-morts, a donc fait face à cette première épidémie de peste. A cette époque aussi les masques étaient de mise.

«  S’il y a eu, au fil des siècles une évolution des croyances autour des épidémies, à cette époque précise, on pensait que l’air était en cause ; que si l’on respirait l’air vicié des pestiférés on attraperait aussi la maladie. Donc, les médecins et les saccards portent un masque à grand bec recourbé, enfermant un mélange d’herbes aromatiques censées être antiseptiques  », explique David Covelli, du service Patrimoine de la Ville.

Plus de 5 000 morts en 27 mois

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Pendant la pandémie de peste noire au XVIIe siècle, les "saccards" qui dépouillaient les morts avant de les enterrer portaient un masque avec un bec . Les médecins portaient également des masques à bec où étaient placées des herbes antiseptiques, des gants en cuir et de longs manteaux pour tenter de repousser la maladie. (Photo de ARTEFACT, ALAMY)

Ces silhouettes reconnaissables de loin réapparaîtront dans les rues de la ville, trois ans (presque jour pour jour) après le début de la première vague de peste. Le 3 novembre 1635, le premier cas est recensé rue Pot, aujourd’hui rue Lombard. Cette fois, les autorités décident de créer un Bureau de santé.

Comme pour le premier épisode, les riches sont confinés chez eux et signent des contrats de soins avec des médecins dont les tarifs vont jusqu’à 500 livres (soit un peu plus de 17 000 €). Les pauvres, quant à eux, sont expulsés dans des “maisons de santé” (appelées logerettes), construites dans les faubourgs. « Au début de cette épidémie on en comptait une vingtaine au pied des remparts, notamment au faubourg de Brevoines. En 1638, à la fin, il y avait 260 de ces logerettes construites pour y accueillir es pestiférés. » Langres fait donc face à une des épidémies les plus meurtrières de son histoire. « Cette “grande peste” a fait plus de 5 000 victimes à Langres et les communes voisines, où il ne devait y avoir pas plus de 8 000 habitants », conclut David Covelli.

Aujourd’hui, c’est au coronavirus auquel il faut faire face. Ce virus aime la convivialité et en profite pour se propager vitesse grand V.

Alors RESTEZ CHEZ VOUS et évitez les contacts physiques.

Patricia Charmelot

p.charmelot@jhm.fr

Sources : www.jeanne-mance.fr

Publié par Patricia Charmelot le dimanche 29 mars 2020 dans le Journal de la Haute-Marne n° 9357 en page 14


le 17 juillet 1619, Charles Delorme imagine le costume des médecins de peste

Alors que jusque là les médecins de peste portaient seulement pour se protéger un masque en forme d’oiseau, d’où leur nom de « médecins becs », Charles Delorme, premier médecin de Louis XIII, va imaginer un costume destiné à les protéger de la tête aux pieds. L’abbé de Saint-Martin fit la description suivante de Delorme partant à la rencontre des pestiférés : « Il se fit faire un habit de maroquin, que le mauvais air pénètre très difficilement : il mit en sa bouche de l’ail et de la rue ; il se mit de l’encens dans le nez et dans les oreilles, couvrit ses yeux de bésicles, et en cet équipage assista les malades, et il en guérit presque autant qu’il donna de remèdes. »

Entièrement imprégné d’herbes aromatiques

Le masque porté sur le visage était constitué d’un nez en cuir ou en carton bouilli en forme de bec d’un demi-pied (16 cm) de long. « Le nez, rempli de parfums, n’a que deux trous, un de chaque côté à l’endroit des ouvertures du nez naturel ; mais cela peut suffire pour la respiration et pour porter avec l’air qu’on respire l’impression des herbes renfermées plus avant le bec. » Epices et herbes aromatiques (thym, camphre, mélisse, clous de girofles, myrrhe, pétales de rose, vinaigre des quatre voleurs) imprègnent, en effet, des éponges placées à l’intérieur du bec. Le médecin de peste porte aussi des bottines en maroquin, des culottes de peau unie qui s’attachent aux bottines et une chemisette de peau unie, elle aussi, dont on insère le bas dans la culotte. Ayant revêtu son costume de peste intégralement imprégné lui aussi d’herbes aromatiques, le médecin de peste peut ainsi partir accomplir son travail, toujours accompagné de sa baguette avec laquelle il soulève les vêtements des pestiférés.


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