« Mission accomplie, exploit collectif » Pour Marcel Jurien de La Gravière, président du Parc national depuis juin 2016, la mission arrive à son terme.

, par Philippe LAGLER

Il a le sentiment du devoir accompli. Et « c’est le moins que l’on puisse dire », observe-t-il en riant. « Je rappelle qu’à l’assemblée générale, la charte a été votée avec 91 % d’avis favorables par 87 % des membres présents. Je pense qu’en matière de résultat de vote démocratique, c’est assez significatif. Je dirais donc : « Mission accomplie, exploit collectif » , ajoute-t-il.

Marcel Jurien de La Gravière : « Mission accomplie, exploit collectif »

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Marcel Jurien de La Gravière  : « Mission accomplie, exploit collectif »

Marcel Jurien de la Gravière y a toujours cru, «  depuis le lancement de l’appel à candidature. C’est-à-dire avant l’annonce de François Fillon ». Il concède que durant le déroulement du projet, il y a eu des moments de doute et «  on s’est demandé si on irait au bout. Mais comme tous les grands projets, sur la durée il y a eu des petits coups de déprime. Il faut avoir la volonté que ça reparte  ». Le plus dur ? «  Ça a été l’échec de la première commande faite par l’État en 2009 et qui s’est traduit par le rejet de la proposition en 2012. La nouvelle feuille de route a très profondément modifié la commande de l’État. Il y a eu deux bonnes années de difficultés d’acceptation et de compréhension. Le deuxième point compliqué, ça a été la première version de la charte qui a été considérée comme n’étant pas au bon niveau environnemental. »

Jean-Yves Goustiaux : « L’étincelle qu’il nous fallait ! »

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Jean-Yves Goustiaux  : « L’étincelle qu’il nous fallait ! »

Jean-Yves Goustiaux, le coordinateur du Centre d’initiation à la nature (CIN) d’Auberive se réjouit de la création du Parc national. Une première étape, car le potentiel de développement est élevé pour Auberive, porte d’entrée du Cœur de Parc. Le Centre d’initiation à la nature d’Auberive (CIN) est un précurseur. Fondé il y a plus de 30 ans par la Ligue de l’enseignement de HauteMarne, il a toujours eu pour objectifs prioritaires de reconnecter l’homme à la nature et de promouvoir le territoire forestier et paysager. «  Nous avons mis en place un certain nombre de projets, afin de dynamiser ce territoire. Ce n’est pas anodin !  », rappelle ainsi Jean-Yves Goustiaux. Il cite pêle-mêle chemins de traverse, l’hébergement en pleine nature et les chantiers d’insertion. Il voit en la création du Parc une grande opportunité : « C’est l’étincelle qui nous manquait ! C’est un potentiel énorme qui s’ouvre à nous ». Pour le CIN, qui devrait prochainement créer une nouvelle salle d’activités, de nouveaux enjeux se profilent. « Nous faisons déjà le lien avec un certain nombre de chercheurs qui viennent travailler sur les écosystèmes forestiers. Avec le Parc national, ces équipes scientifiques seront encore davantage en pointe. Notre rôle sera d’assurer les médiations scientifiques. »
Maintenant, le plus dur reste à faire.

Le CIN a également développé un projet d’accueil des randonneurs et autres citadins désireux de découvrir la nature. Les hamacs, cabanes et autres roulottes sont d’ores et déjà à disposition, même si elles peuvent s’avérer insuffisantes : « Avec le coup de projecteur du Parc, ce sont peutêtre des milliers de personnes qui vont venir dès l’an prochain. Il faut s’y préparer ! » Jean-Yves Goustiaux espère ainsi que l’organisation prévue par le Parc national sera vite définie. Auberive étant une porte d’entrée du Cœur de Parc, des directives devront être données pour articuler la commune avec les autres portes d’entrée : « Nous serons peut-être affectés à une thématique particulière ». Dans l’attente du projet global, JeanYves Goustiaux et les autres acteurs économiques, sociaux, associatifs et politiques ne restent pas les bras croisés : « Nous devons développer un véritable projet de territoire, avec nos points forts, comme l’abbaye d’Auberive  », lance-t-il. « Maintenant, le plus dur, mais aussi le plus enthousiasmant, reste à faire ! ».

N. C.

Guy Durantet : « exaltant et violent »

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Guy Durantet  : « exaltant et violent »

Il a été le président emblématique du GIP du parc pendant deux mandats (2010 à 2016), Guy Durantet aura porté le parc comme un moine soldat avec conviction, enthousiasme, ferveur et parfois désillusion. Il revient sur « cette aventure exaltante et violente  ».
Guy Durantet est devenu le premier président du GIP du parc national, comme on entre dans les ordres. Il aura abandonné tous ces mandats électifs pour se consacrer entièrement à ce projet. « C’est le dernier train qui passe en Haute-Marne, il ne fallait pas le rater », lance-t-il. Comme un moine soldat, il aura traîné sa robe de bure entre Côte d’Or et Haute-Marne, entre Champagne et Bourgogne sans jamais regarder le temps consacré. « C’est un travail qui a été très chronophage. Avec Christophe Gallemant (premier directeur du GIP, Ndlr), on débriefait nos journées vers 23 h jusqu’à une heure du matin parfois car la journée, ce n’était pas possible », se souvient-il. Ce premier président du GIP arrive alors que l’État vient de changer les règles de constitution et de gestion des parcs nationaux. La nouvelle loi de 2006 s’impose ici. « On essuie les plâtres de la loi de 2006. Nous sommes les premiers à mettre en application ce nouveau fonctionnement », rappelle Guy Durantet. Le 27 juillet 2009, François Fillon, alors premier Ministre, annonce à Leuglay (Côte d’Or) que le projet entre Champagne et Bourgogne était retenu pour devenir le onzième parc national de France « et surtout le seul au nord de la Loire  ». « Après le discours de Fillon, on savait que ça prendrait 10 ans. On n’a pas été déçu  », lance Guy Durantet. Car ce qui devait être acté en 2012, suivant le calendrier initial, ne le serait que maintenant…

« Faire un pas vers l’autre, cela demande du temps »

« C’est la première fois que l’on mettait autour de la table deux régions et deux départements. On a mis également autour de cette table, les chasseurs, naturalistes, randonneurs, agriculteurs et ça, cela prend du temps. Faire un pas vers l’autre, cela demande du temps », fait-il remarquer. « Cela a été exaltant. On est enfin sur un seul et même territoire qui est celui du plateau de Langres, même si cette notion n’est pas du goût des Châtillonnais. Les frontières administratives creusent parfois des fossés », affirme Guy Durantet. Le cheminement de la constitution du parc n’a pas été un long fleuve tranquille. Guy Durantet a porté sa croix. «  La première étape était formelle avec la prise en considération devant une assemblée générale de 250 membres. J’ai imposé une majorité à 60 %, pas à 51 %  », rappelle-t-il. Un point lui est cher, celui d’avoir imposé une vice-présidence à la société civile, « c’est ma patte, mais j’en ai bavé. » Tout comme il se heurte au redoutable Comité interprofessionnel des vins de Champagne qui engage un bras de fer sur le nom du parc, Entre Champagne et Bourgogne. Finalement le parc prendra pour nom : Parc national de forêt… L’assemblée générale à Chaumont en 2014, pour valider la prise en considération, avec ses forces de l’ordre, les agriculteurs déchaînés et les gaz lacrymogènes, lui ont laissé un souvenir indélébile. « C’est une découverte pour moi, pour l’homme engagé que je suis. Je n’ai jamais connu une telle violence. On ne s’engage pas pour cela », confesse-t-il. De même, pendant la période de ces deux mandats, «  je me suis rendu compte que l’écologie était la variable d’ajustement des gouvernements. J’ai connu sept ministres et cinq préfets. Nous avons perdu au minimum deux années ave ces changements », affirme-t-il. Même s’il n’est plus président du GIP depuis 2016, Guy Durantet continue à observer, il est également régulièrement consulté. « À titre personnel, c’était une aventure exaltante mais la plus violente que j’ai eue à vivre. On se sent souvent seul. C’est tellement clivant que les grands élus, parfois, se sont mis en retrait  », a-t-il remarqué. « Je suis convaincu que la planète aura besoin de poumons verts et que ce territoire le deviendra. Et d’autre part, les territoires ruraux sont de plus en plus oubliés de la République. Seuls les plus organisés ont l’espoir de s’en sortir.  »

Philippe Lagler

Historique :

2014.

- Février : Hervé Parmentier succède à Christophe Gallemant comme directeur.
- Septembre : alors que les élections sénatoriales en Côte-d’Or n’ont pas vraiment aidé le projet, les FDSEA et Jeunes agriculteurs des deux départements manifestent à Chalmessin. Ils refusent la présence de terres agricoles dans le cœur de parc (ce qui n’était pas le cas dans la feuille de route initiale). C’est le début d’une opposition farouche.
- Octobre-décembre : consultation du territoire sur le dossier de prise en considération. Il est approuvé par 79 % du territoire (mais seulement 48 % des communes de Côte-d’Or). Le projet peut se poursuivre.

2015. Février

Assemblée générale houleuse à Chaumont (les forces de l’ordre emploient du gaz lacrymogène face aux opposants). C’est dans ce contexte très tendu que le conseil d’administration valide à 78 % le dossier de prise en considération qui est aussitôt transmis au gouvernement.

2016. Mars

Signature, plus tôt qu’attendu, du décret de prise en considération par le Premier ministre. Le travail de rédaction de la charte du parc national peut commencer. Guy Durantet ne briguant pas un troisième mandat, Marcel Jurien de La Gravière (Côted’Or) est élu président du GIP.

2017. Février

Manifestation houleuse qui empêche la tenue d’une assemblée générale à Montigny-sur-Aube.

2018

Alors qu’une nouvelle manifestation est organisée à l’extérieur par les agriculteurs et opposants, adoption à Nogent de la version 3 du projet de charte, validée à 78,8 %. Si un accord a été trouvé avec les fédérations de chasseurs, le texte ne satisfait toutefois ni les acteurs économiques ni les naturalistes. Il est présenté au ministère qui l’accepte (le Premier ministre apporte également son soutien). Parallèlement, Jean-Claude Volot se voit confier une mission sur le volet économique. À ce moment, le projet concerne 127 communes, représente 241 000 ha (dont 57 000 dans le cœur, et une réserve intégrale, en forêt d’Arc-et-de Châteauvillain, de 3 100 ha

2019.

- Juin : Adoption définitive du projet de charte.
- Juillet : le ministère de la Transition écologique annonce que le siège du parc sera à Arc-en-Barrois, ce qui n’est pas du goût de tout le monde au sein du GIP.
- Octobre : ultime oral devant le Conseil d’État, signature du décret de création du parc national de forêts.


Publié par N. C. et Philippe Lagler le vendredi 8 novembre 2019 dans le Journal de la Haute-Marne (JHM) n° 9217 en page 3 du cahier spécial quatre pages sur la création du Parc national http://www.jhm.fr


Pour en savoir plus :

- François Fillon annonce la création du 11e Parc national français à Leuglay le 27 juillet 2009
- Entre Champagne et Bourgogne, le premier parc national dédié à la forêt
- CinéTech N°26 : Le trésor que cachait la forêt
- CinéTech N°26 : Des soirées CinéTech qui passionnent toujours autant
- « Le XXIe siècle sera l’ère de la bioéconomie et du bois » déclare Timothée Boitouzet le 22 juin 2018.
- Parc national : 241 000 hectares de forêt entre la Champagne et la Bourgogne
- « Auberive , lieu incontournable du parc »
- Yvon Le Hénaff veut faire fructifier le pôle IAR en Europe
- Cinétech n°37 : « Parcs nationaux – Quand la nature fait recette » le mercredi 17 avril 2019 à 19h à Nogent (52)
- Le Cinétech n°37 se penche sur le futur Parc National.
- L’hébergement insolite a de beaux jours devant lui en Sud-Haute-Marne en juin 2019
- L’AG du GIP du futur Parc National des forêts de Champagne et Bourgogne le Mercredi 10 juillet 2019
- Salle comble pour la dernière AG du GIP parc National des forêts Bourgogne Champagne le 26 septembre 2019 à Châteauvillain.
- À la veille de la naissance du Parc national le 26 septembre 2019
- Un Parc national et des réjouissances lors de l’AG du 26 septembre 2019
- Création d’un 11e parc national dédié à la forêt en Bourgogne Champagne le 07 novembre 2019
- Un onzième parc national dans les forêts de feuillus de Champagne et Bourgogne
- Côte-d’Or et Haute-Marne : les retombées économiques attendues du Parc national de Forêts, le 07 novembre 2019
- Découverte du 11e Parc National dans les forêts de Champagne et Bourgogne
- « Un vrai coup de foudre et un vrai pincement » pour Herve Parmentier, directeur du GIP le 07 novembre 2019
- La cigogne noire pour emblème
- « Mission accomplie, exploit collectif »