Parc national : 241 000 hectares de forêt entre la Champagne et la Bourgogne

, par christophe Juppin

Le futur parc national des forêts de Champagne et de Bourgogne s’étend sur une superficie de 241 089 ha, dont 125 496 ha de forêt, et concerne 28 000 habitants.
129 communes sont concernées dans cette zone rurale. Le 11ème parc français, qui devrait être créé en 2019, protégera notamment des forêts où niche la Cigogne noire.

Le parc national des forêts de Champagne et Bourgogne ouvrira officiellement en 2019. 241 000 hectares seront protégés.

Un enjeu écologique, mais également économique

Avec l’ouverture de ce parc, l’État veut donner un nouveau souffle à cette région. Ici, on compte 10 habitants au kilomètre carré, soit dix fois moins que la moyenne nationale. L’État a déjà investi 4 millions d’euros dans le projet du parc national et les habitants espèrent que cette ouverture va créer de l’emploi. Le parc sera le 11e en France. Le premier a été créé il y a 54 ans en Savoie.

Futur parc national des forêts de Champagne-Bourgogne : M.Delcamp et H. Parmentier nous répondent

Le 11ème parc français, qui devrait être créé en 2019, protégera notamment des forêts où niche la Cigogne noire. Une espèce rare et beaucoup plus farouche que sa cousine, la cigogne blanche. Le territoire regorge de forêts, raison d’être du futur parc national qui verra le jour en 2019. 241 000 hectares aux confins de la Côte d’Or, un patrimoine naturel exceptionnel.

Aucun des dix parcs nationaux de France n’était jusqu’à présent dédié à la conservation des forêts de feuillus de plaine : ce sera le cas du futur parc national des forêts de Champagne et de Bourgogne, dont le décret de création devrait être publié en 2019. Il sera situé sur le plateau de Langres, à cheval sur les départements de la Haute-Marne et de la Côte-d’Or, et couvrira 241 781 hectares, dont un cœur de 56 000 hectares et une réserve intégrale de 3 100 hectares. Il aura principalement pour objectif de préserver les forêts domaniales de Châtillon, d’Arc-en-Barrois et d’Auberive et les boisements voisins, qui forment un vaste ensemble dominé par les hêtres et les chênes très représentatifs du couvert forestier des plateaux calcaires du nord-est du Bassin parisien. Ce parc protègera aussi des marais tufeux, des pelouses sèches, des éboulis rocheux et des prairies de fond de vallées, ainsi qu’un riche patrimoine archéologique et historique.

La flore compte plusieurs espèces remarquables, et l’avifaune forestière est bien représentée, avec en particulier plusieurs couples de Cigognes noires. Par ailleurs, les grands mammifères (cerfs, chevreuils et sangliers) sont nombreux, et le Chat sauvage est assez commun, bien que discret. Le parc national des forêts de Champagne et de Bourgogne devra réussir à concilier le maintien de l’exploitation forestière, la pratique de la chasse et la conservation de la nature.
Après une présentation générale de ce vaste espace, nous vous proposons une interview d’Hervé Parmentier (directeur) et de Matthieu Delcamp (chargé de mission biodiversité), qui ont répondu à nos questions concernant l’historique du projet, la future gestion des espaces naturels, les conditions du maintien de la chasse et de la production de bois, les habitats et l’avifaune du parc.

Abstract

None of the ten existing French national parks was dedicated so far to the conservation of lowland hardwood forests : it will be the case of the future Parc national des forêts de Champagne et de Bourgogne, which will be officially created in 2019. It will be located on the plateau of Langres (Eastern France), in the departments of Haute-Marne and Côte-d’Or. It will cover 241,781 hectares, including a core of 56,000 hectares and an integral reserve of 3,100 hectares, It will primarily preserve the national forests of Chatillon, Arc-en-Barrois and Auberive and the neighboring woodlands, which form a vast ensemble dominated by beeches and oaks representative of the forests of the limestone plateaux of the north-east of the Paris Basin. This park will also protect beautiful tufous marshes, dry grasslands, rock screes and meadows, as well as a rich archaeological and historical heritage.
The flora includes several remarkable species, and the forest birds are logically well represented : for example, several pairs of breeding Black Storks have been recorded. In addition, large mammals (deer, roe deer and wild boar) are numerous and the wild cat is quite common although discreet. The difficult mission of the Parc national des forêts de Champagne et de Bourgogne will be to allow logging and hunting and to assure meanwhile the conservation of nature.
After a general presentation of the future national park, we propose you an interview with Matthieu Delcamp (mission leader) and Hervé Parmentier (director), who answered our questions about the history of the project, the future actions for the conservation of the habitats, the hunting and logging activities, the biotopes and the birdlife.

Historique et présentation générale du futur parc national

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Les limites du futur parc national des forêts de Champagne et de Bourgogne (Haute-Marne/Côte-d’Or) : en vert, l’aire optimale d’adhésion, en orange, la zone d’étude de cœur, et en rouge, la réserve intégrale.
Carte : Ornithomedia.com d’après le parc national des forêts de Champagne et Bourgogne

Lors du "Grenelle de l’Environnement", un ensemble de rencontres organisées en France en 2007 visant à prendre des décisions à long terme en matière d’environnement et de développement durable, le Gouvernement français s’était engagé à créer de nouvelles aires protégées. Cela s’est notamment traduit par l’annonce de la désignation de trois nouveaux parcs nationaux, dont un consacré aux forêts de feuillus en plaine. Le 27 juillet 2009, le Premier ministre avait dévoilé son nom : le parc national des forêts de Champagne et de Bourgogne. Un Groupement d’Intérêt Public (GIP) avait alors été créé pour travailler sur les propositions préalables au décret de création et à la charte et mener de nombreuses discussions entre les différents acteurs concernés (propriétaires, sylviculteurs, chasseurs, associations de protection de la nature...). L’annonce officielle de la création devrait être publiée au cours du second semestre 2019.
Le futur parc s’étendra sur le plateau calcaire de Langres, à cheval sur les départements de la Haute-Marne et de la Côte-d’Or. Sa superficie sera de 241 781 hectares, dont un cœur de 76 622 hectares et une réserve intégrale de 3 100 hectares.
Le parc protégera le patrimoine naturel (biotopes, flore et faune) et historique (vestiges archéologiques, bâtiments du Moyen Âge, témoignages de l’exploitation agricole, forestière, hydraulique et métallurgique...). Il a pour ambition de concilier la préservation de ces richesses et le développement économique, social et culturel : en particulier, l’exploitation forestière et la chasse seront maintenues, sous certaines conditions.
Pour en savoir plus, vous pouvez visiter le site web du parc : www.forets-champagne-bourgogne.fr.

Une flore et une faune représentatives

Hêtraie poussant sur un lapiaz (formation calcaire)

Hêtraie du futur parc national poussant sur un lapiaz (formation calcaire fissurée).
Source : GIP-CN

Le parc national des forêts de Champagne et de Bourgogne protègera des paysages typiques des plateaux calcaires du nord-est de la France. Il est composé de vastes forêts de feuillus (hêtres, chênes, érables, merisiers, tilleuls...) couvrant plus de 120 000 hectares, de marais tufeux, de pelouses sèches, d’éboulis rocheux, de prairies et de cultures.
Les forêts de feuillus, souvent anciennes, sont majoritairement domaniales (publiques). Elles sont dominées par le Hêtre commun (Fagus sylvatica), suivi des Chênes pédonculé (Quercus robur) et sessile (Q. petraea). Parmi les oiseaux forestiers nicheurs remarquables, citons la Cigogne noire (Ciconia nigra) (plus de quatre couples), l’Autour des palombes (Accipiter gentilis) (bien présent mais discret), la Chouette de Tengmalm (Aegolius funereus) (devenue très rare) et six espèces de pics. Les populations de Cerfs élaphes (Cervus elaphus), de Chevreuils d’Europe (Capreolus capreolus) et de Sangliers d’Europe (Sus scrofa) sont importantes, et le Chat sauvage (Felis silvestris) est bien présent.
Les marais tufeux du plateau de Langres, qui sont parmi les plus importants de France, constituent l’autre habitat caractéristique du parc national. Ils sont alimentés par une eau fortement chargée en calcaire dissous qui se précipite au contact de l’air pour former du tuf autour de la végétation, une roche plus ou moins friable. La flore présente un caractère montagnard ou boréal marqué et comprend entre autres le Choin ferrugineux (Schoenus ferrugineus), la Swertie pérenne (Swertia perennis), la Linaigrette (Eriophorum angustifolium) et la Ligulaire de Sibérie (Ligularia sibirica). On y trouve aussi plusieurs espèces de libellules rares en Bourgogne, le Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata) et la rare Écrevisse à pieds blancs (Austropotamobius pallipes).
Les éboulis, comme le spectaculaire cirque de la Coquille, sont le domaine d’une flore intéressante et adaptée à des conditions difficiles, comme le Gaillet de Fleurot (Galium fleurotii), une plante endémique de Bourgogne et du Bassin Parisien.
Les pelouses sèches, qui poussent sur certaines pentes ensoleillées au sol pauvre, accueillent plusieurs plantes à affinités méditerranéennes et des orchidées, l’Alouette lulu (Lullula arborea), le Lézard vert (Lacerta chloronota) ou l’Ascalaphe soufré (Libelloides coccajus). Le sentier de la butte de Taloison à Bay-sur-Aube permet par exemple de découvrir cet habitat.
Le parc national est parcouru par 694 kilomètres de cours d’eau. Les vallées qui entaillent le plateau calcaire de Langres, comme celles de l’Aube et de l’Aujon, contribuent à la diversité du parc. Les prairies de fauche à Narcisses des poètes (Narcissus poeticus), normalement plus présentes en montagne, sont remarquables. La qualité des habitats prairiaux a permis le maintien d’insectes patrimoniaux comme l’Azuré des mouillères (Phengaris alcon), et l’avifaune compte des oiseaux nicheurs menacés ou intéressants dont le Tarier des prés (Saxicola rubetra), la Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio), le Milan royal (Milvus milvus) et la Chevêche d’Athéna (Athene noctua).


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Vue des éboulis du cirque de la Coquille (Côte-d’Or).
Source : GIP-CN
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Vue du marais tufeux du vallon d’Amorey (Haute-Marne).
Photographie : Jean-François Feutriez

L’interview d’Hervé Parmentier et de Matthieu Delcamp

1. Quelle est la date officielle prévue de création du parc national ?

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Situation du futur parc national des forêts de Champagne et Bourgogne.
Carte : Ornithomedia.com

Hervé Parmentier et Matthieu Delcamp : le processus de création du parc national entre dans sa dernière phase, avec les ultimes consultations officielles. Bien que l’on ne maîtrise pas précisément tous les délais de ces étapes, la parution du décret de création du parc national des forêts de Champagne et de Bourgogne est espérée pour le second semestre 2019. Sur un plan opérationnel, la montée en puissance de l’établissement public, qui sera créé en même temps, se fera à compter du second trimestre 2020.

2. La mise en place de ce parc a-t-elle été particulièrement longue et difficile ? Si oui, pourquoi ?

Hervé Parmentier et Matthieu Delcamp : il se sera écoulé un peu plus de dix ans entre la première annonce de la création du parc national par le Premier Ministre François Fillon en 2009 et sa création en 2019. C’est un délai raisonnable pour un parc national, et c’est tout à fait comparable à ce que l’on constate pour les parcs naturels régionaux. Le parc national de la Réunion a ainsi mis sept ans à être finalisé, et douze ans pour celui des Calanques (Bouches-du-Rhône). C’est le délai nécessaire pour bâtir un projet co-construit et permettre la concertation indispensable.
La création du parc national des forêts de Champagne et de Bourgogne n’a pas rencontré beaucoup plus d’obstacles que ceux que l’on rencontre "classiquement" lors de l’établissement d’un nouvel espace protégé. C’est en effet un changement de trajectoire qui est proposé aux habitants et à tous les acteurs concernés du territoire, et la résistance au changement est normale, même si elle complique les choses. Pendant ces années, nous avons mené un important travail pour monter un projet qui conjugue l’ambition de préservation des patrimoines et le maintien des activités économiques existantes. L’échelle du projet (127 communes, cinq intercommunalités, deux départements et deux régions) ajoute également de la complexité. Enfin, la délimitation des limites du cœur du parc national, qui implique l’encadrement de certaines activités pour préserver les patrimoines remarquables, est source de tensions. Le cœur du parc national est l’outil le plus fort de protection du patrimoine, et il a fallu adapter sa réglementation à sa grande surface (plus de 56 000 hectares) pour respecter les principales filières locales (forêt et agriculture) et les engager si nécessaire dans l’évolution de leurs pratiques.

3. La charte du parc national des forêts de Champagne et Bourgogne aura une durée d’application de quinze années : est-ce une durée plus courte que dans les autres parcs nationaux ?

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Marais tufeux et forêt ancienne dans le futur parc national des forêts de Champagne et Bourgogne.
Photographie : Franck Fouquet

Hervé Parmentier et Matthieu Delcamp : la durée de la charte d’un parc national est fixée à 15 ans par le Code de l’Environnement, comme pour tous les parcs nationaux.

4. Certaines forêts du parc ont un couvert continu depuis plus de deux siècles : leur composition est-elle proche de celle de forêts primaires ?

Hervé Parmentier et Matthieu Delcamp  : environ 80 % des forêts du parc national existaient déjà il y a deux siècles. La France a connu son dernier minimum forestier au milieu du XIXe siècle, sous l’effet de la croissance démographique. Les besoins croissants de la population en terres agricoles et en bois de chauffage et d’œuvre ont abouti à de nombreux défrichements, et la surface forestière française était alors réduite à 14 % du territoire, contre plus de 28 % aujourd’hui, grâce aux réductions de la demande en bois et aux évolutions agricoles. Il est donc très probable que la plupart des forêts du parc étaient déjà là au Moyen-Âge.
En termes de composition, ces forêts ne sont pas primaires car elles ont déjà été exploitées. Il s’agit donc de forêts anciennes, mais pas de vieilles forêts dans lesquelles on trouverait de nombreux gros arbres et beaucoup de bois mort. Pour autant, par rapport à des forêts récentes, les boisements anciens accueillent une biodiversité particulière car l’absence de travail du sol ou d’amendement lié à d’anciennes pratiques agricoles a permis de préserver des espèces sensibles ayant un faible pouvoir de colonisation, comme le Muguet de mai (Convallaria majalis), que l’on trouve abondamment dans certains secteurs.

5. Il est prévu de placer 20 % de la surface des forêts publiques en "zones de sénescence" et en arbres à haute valeur biologique : pourquoi pas davantage et pourquoi pas aussi des forêts privées ?

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Les arbres morts seront conservés dans le futur parc national des forêts de Champagne et Bourgogne.
Source : GIP-CN

Hervé Parmentier et Matthieu Delcamp : ce seuil de 20 % est une ambition préconisée par le Conseil national de protection de la nature. Ce pourcentage n’a pas été repris sous cette forme dans le projet de charte du parc national car il aurait pu conduire à la création d’un cœur plus petit, or l’objectif était que sa superficie soit conséquente, qu’il soit cohérent et qu’il constitue une vitrine des principaux patrimoines du territoire.
Le développement de la surface des forêts naturelles est l’enjeu prioritaire du futur parc : pour cela, la première action menée a été la création d’une réserve intégrale forestière de plus de 3 000 hectares sans gestion sylvicole. Une "trame de naturalité", composée d’îlots de vieux bois, sera aussi mise en place dans les forêts domaniales et représentera plus de 12 % de leur surface. Elle sera complétée par la désignation d’un réseau "d’arbres isolés à forte valeur biologique", appelés "arbres bio" (huit arbres par hectare de forêt domaniale).
Dans les forêts communales et privées, ces objectifs seront aussi poursuivis, mais sur la base du volontariat, pour respecter les propriétaires. Ils seront sensibilisés et invités à participer à cette trame biologique, sans obligation. En effet, le projet ne réussira que s’il remporte l’adhésion des acteurs du territoire et les discussions menées ont démontré qu’imposer la naturalité dans le cœur du parc aurait pu aboutir à des effets contre-productifs, notamment un rejet de la part des acteurs, ce qui aurait fait peser un risque pour le projet et peut-être aussi sur le patrimoine naturel.
Le parc créera enfin un observatoire des forêts pour atteindre le seuil de naturalité nécessaire au bon fonctionnement des écosystèmes forestiers, tout en veillant à maintenir un approvisionnement durable de la filière bois.

6. Est-il prévu de fermer des routes et de supprimer des clôtures dans le cœur du parc ? Allez-vous créer des corridors écologiques (haies ou autres) pour relier certaines zones naturelles ?

Hervé Parmentier et Matthieu Delcamp : la charte du parc national prévoit de mener un travail sur le plan de circulation, mais celui-ci doit se faire de façon concertée, sur la base d’un bilan des enjeux écologiques et des usages socio-économiques des accès. Dans les cas où cela serait pertinent du fait des enjeux écologiques et qu’il existerait des alternatives crédibles, des routes pourraient être fermées. Cela sera également le cas de certaines pistes dans la réserve intégrale.
Paysage agricole dans le futur parc national

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Paysage agricole du futur parc national des forêts de Champagne et Bourgogne.
Photographie : Franck Fouquet

La politique du parc est de réduire le recours aux clôtures : elles ne seront autorisées que pour protéger des plantations forestières de moins de dix hectares, et il ne sera plus possible de poser de nouveaux grillages. Les clôtures des cultures agricoles ne seront pas réglementées car elles font partie du dispositif de limitation des dégâts des ongulés.

Une ambition forte du parc national est de consolider, et le cas échéant de restaurer, les continuités écologiques. Une étude sur la création d’une trame verte et bleue a été menée, et l’on prévoit également la mise en œuvre d’un "plan arbres" pour faciliter la plantation d’essences, de haies et de bosquets entre les zones forestières. Ce plan accompagnera techniquement et financièrement les propriétaires qui souhaitent s’engager dans ce programme, car l’une des fonctions du parc est la capacité à mobiliser des fonds pour les porteurs de projets.

7. Des observatoires seront-ils créés pour observer la faune ?

Hervé Parmentier et Matthieu Delcamp : c’est une possibilité, même si ce n’est pas une finalité spécifiquement identifiée. Le parc national prévoit de mener une réflexion globale concernant la présentation du patrimoine naturel et historique, et si un besoin était identifié, des observatoires pourraient être installés. Il faut noter que des initiatives ont déjà été prises, par exemple par l’Office National des Forêts qui a installé des observatoires pour assister au brame du cerf.

8. Dans le parc national, il y aura des villages et des routes : finalement, quelles seront les différences, pour la faune et la flore, avec un parc naturel régional ?

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Chevreuil d’Europe (Capreolus capreolus) dans le futur parc national des forêts de Champagne et Bourgogne.
Photographie : Olivier Pellerin

Hervé Parmentier et Matthieu Delcamp : il y a en fait des villages et des routes dans tous les parcs nationaux. Dans le cœur même du futur parc national, il n’y aura pas de village, contrairement à ce que l’on connaît par exemple dans ceux des Cévennes, de la Guyane ou de la Réunion. Ce n’est donc pas un critère discriminant entre parcs nationaux et naturels régionaux. La différence fondamentale entre ces deux types de protection réside dans l’existence d’un cœur dans lequel le niveau de protection de la faune et de la flore est optimum. La réglementation du cœur de parc interdit par exemple la cueillette des espèces végétales dès que leur état de conservation est menacé, ou si elles sont rares ou très typiques. Dans les forêts du cœur du parc national, il ne sera possible de chasser que les ongulés et la Bécasse des bois (Scolopax rusticola). La présence de nids d’oiseaux emblématiques comme la Cigogne noire (Ciconia nigra), a conduit aussi à limiter les possibilités d’exploitation forestière. Nous avons pris des mesures qui visent à préserver les habitats naturels, empêchant leur altération ou leur destruction, et même des dispositions pour augmenter la biodiversité, comme l’identification des arbres à haute valeur biologique, qui sont très importants pour les pics par exemple.

9. Dans le parc national, il y aura un cœur, mais aussi une réserve intégrale : quelles seront les différences réglementaires ? La réserve sera-t-elle comprise dans le cœur, et quelle sera sa surface ?

Hervé Parmentier et Matthieu Delcamp : la réserve intégrale est comprise dans la partie centrale du parc national. Elle a fait d’ailleurs l’objet d’un décret de création à part entière et dispose de son propre plan de gestion. Elle aura une surface de 3 100 hectares et sera située dans la forêt domaniale de Châteauvillain-Arc-en-Barrois. Sa réglementation n’est pas encore complètement stabilisée, mais elle sera plus stricte que dans le cœur : les activités forestières et la cueillette y seront interdites (seulement encadrées dans le cœur), la circulation sera strictement encadrée, et les ongulés feront l’objet d’une régulation cynégétique (ils sont chassés dans le cœur).

10. Quelles mesures allez-vous prendre pour favoriser les espèces d’oiseaux nichant dans les zones agricoles ?

Hervé Parmentier et Matthieu Delcamp : la charte prévoit de faire du parc national un territoire pilote en matière d’agroécologie. L’application de ces pratiques devrait logiquement permettre d’endiguer l’érosion des populations d’oiseaux des milieux ouverts. Notre ambition de renforcer la place de l’arbre dans le paysage devrait aussi leur être favorable. Ponctuellement, des mesures seront appliquées en lien avec les agriculteurs et des associations comme la Ligue pour la Protection des Oiseaux pour préserver par exemple les nids des Busards cendré (Circus pygargus) et Saint-Martin (C. cyaneus).

11. Les conditions du maintien et de pratique de la chasse semblent être l’un des sujets sensibles de la mise en place de ce parc : peut-on vraiment continuer à chasser dans le cœur du parc ? Si oui, en quoi cette zone servira-t-elle vraiment de refuge pour la faune ?

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Cerf élaphe (Cervus elaphus).
Photographie : Olivier Pellerin

Hervé Parmentier et Matthieu Delcamp : la chasse est une activité très importante pour ce territoire. Elle est à la fois l’un des principaux loisirs des habitants et un vecteur important pour l’économie locale, les revenus cynégétiques dépassant parfois ceux liés au bois. En outre, les populations de grands ongulés sont telles aujourd’hui qu’il serait impossible d’envisager de ne pas les chasser, sauf à mettre en péril l’économie déjà fragilisée des filières agricoles et forestières et le bon état des milieux naturels. Il n’a donc jamais été envisagé de la remettre en cause, y compris dans le cœur. En revanche, nous avons l’ambition de la rendre plus proche des dynamiques naturelles : ainsi, le recours aux pratiques artificielles visant à fixer le gibier sera interdit.
La question du rôle refuge de la partie centrale d’un parc national dépasse celle de la chasse : celle-ci n’interfère pas par exemple avec la présence de la Cigogne noire car cette espèce niche en dehors des périodes de chasse.
La charte prévoit en outre un encadrement des pratiques forestières et une limitation des dérangements par des promeneurs.
Pour d’autres espèces, le parc appliquera les Plans Nationaux d’Action. Si l’on se limite aux espèces potentiellement chassables (gibier) dans le cœur, il a été décidé de réduire la liste des espèces concernées, et particulièrement en forêt. Il faut aussi préciser que pour les ongulés, on cherche justement à éviter "l’effet de refuge" dans lequel les animaux viendraient s’abriter en période de chasse, car cela aurait des effets très négatifs sur les milieux. Il faut aussi prendre en compte le comportement des animaux et particulièrement des grands ongulés. La partie centrale du parc ne constitue pas un territoire homogène, et la gestion cynégétique doit donc être globale et dépasser ses limites.

12. Avez-vous prévu de supprimer certaines pratiques de chasse controversées comme la chasse à courre ?

Hervé Parmentier et Matthieu Delcamp : la seule pratique de chasse interdite dans le cœur de parc national est la vénerie sous terre. L’un des massifs forestiers de la partie centrale du parc accueille depuis plusieurs décennies deux équipages de chasse à courre, dont l’un est basé dans une ancienne abbaye qui a été transformée en musée. Cette importance culturelle, associée à l’absence d’arguments écologiques concernant la pratique de la chasse à courre (le sujet est plutôt éthique), a fait que le parc national n’a pas interdit cette pratique, mais elle sera restreinte au seul massif de Châtillon-sur-Seine.

la suite sur :

http://www.ornithomedia.com/magazine/interviews/futur-parc-national-forets-champagne-bourgogne-m.delcamp-h.-parmentier-nous-disent-plus-02825.html

Voir aussi le site chemindeleau.com a pour ambition de faire connaître toutes sortes de lieux, d’œuvres ou d’événements en parcourant les nombreux cours d’eau issus du Plateau de Langres. Sans oublier la faune et la flore qui s’y trouvent particulièrement riches.
http://chemindeleau.com/


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Carte des zonages approuvées à l’AG du GIP Parc National le Mercredi 10 juillet 2019

Pour en savoir plus :

- François Fillon annonce la création du 11e Parc national français à Leuglay le 27 juillet 2009
- CinéTech N°26 : Le trésor que cachait la forêt
- CinéTech N°26 : Des soirées CinéTech qui passionnent toujours autant
- « Le XXIe siècle sera l’ère de la bioéconomie et du bois » déclare Timothée Boitouzet le 22 juin 2018.
- Parc national : 241 000 hectares de forêt entre la Champagne et la Bourgogne
- « Auberive , lieu incontournable du parc »
- Cinétech n°37 : « Parcs nationaux – Quand la nature fait recette » le mercredi 17 avril 2019 à 19h à Nogent (52)
- Le Cinétech n°37 se penche sur le futur Parc National.