Une troisième génération prend les commandes de la Tonnellerie Rousseau, aux portes du vignoble de Côte-d’Or

, par Didier Hugue

Jean-Christophe et Frédéric Rousseau succèdent à Jean-Marie et Nicole, leurs parents, pour présider aux destinées de la tonnellerie bourguignonne qui porte leur nom et a été fondée en 1954 par Julien, le grand-père nonagénaire toujours bon pied bon œil. Portrait d’une entreprise familiale où chaque génération apporte sa touche à l’édifice et vit un métier avec passion, imaginé par nos ancêtres les Gaulois (*).


On a quitté Jean-Marie Rousseau en 2017 lorsqu’il expliquait le projet de regrouper à Gevrey-Chambertin (Côte-d’Or), sur le site de fabrication des grands contenants (foudres et cuves), son atelier de Couchey, distant de moins de 5 km et dédié aux fûts et barriques. Sans oublier le parc à bois de Pouilly-sur-Saône, éloigné d’une trentaine de km.

Bien avancée, avec une toute récente extension de 1.800 m2, pour créer une plate-forme de débit et de maturation des bois, et opérer un rééquipement conséquent, l’opération sera achevée dans les cinq ans par ses fils, Jean-Christophe Rousseau et Frédéric Rousseau. Ces derniers lui succèdent depuis le début de l’année 2021 à la tête de la tonnellerie qui porte leur nom et fut fondée par Julien Rousseau, le grand-père, en 1954.

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Les trois générations de Rousseau. De gauche à droite : Jean-Marie Rousseau, Nicole Rousseau, Julien Rousseau , Jean-Christophe Rousseau et Frédéric Rousseau. © Traces Ecrites

Agé de 90 ans,Julien Rousseau vient de temps en temps faire un tour et regarde l’évolution de l’entreprise avec un œil malicieux. « De mon temps, on avait un vieux rabot, une scie et un marteau et cela y allait bien quand même », glisse, non sans humour, le patriarche tout en admirant les lignes robotisées de découpe et de délignage (**), la dégauchisseuse et le broyeur qui viennent de rejoindre les autres équipements. La facture, immobilier compris, atteint les deux millions d’€.

Du très haut de gamme

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Une des lignes de découpe d’avivés, nom donné aux planches qui composent le foudre. © Traces Ecrites

La saga familiale se poursuit donc avec la troisième génération aux commandes qui connaît très bien le métier. Jean-Christophe Rousseau (38 ans), le directeur technique, travaille à la tonnellerie depuis 20 ans et fait partie avec son père et son grand-père des onze Meilleurs Ouvriers de France (MOB) formés sur place. Frédéric Rousseau, 41 ans, diplômé d’une école de commerce, s’occupe depuis seize ans de la direction commerciale et devient aujourd’hui le directeur général.

Ensemble, les deux dirigeants comptent bien faire grossir la tonnellerie qui emploie 40 personnes et réalise plus de 10 millions d’€ de chiffre d’affaires. «  Nous regarderons, selon les opportunités, à faire de la croissance externe », souligne Frédéric. En attendant, ils restent prudents. L’année 2020 avec la chute des exportations américaines liée à la crise sanitaire, doublée d’une très petite récolte de vin rouge du fait de la sécheresse, a contracté l’activité.

Une série de tonneaux de prestige

Chaque année Tonnellerie Rousseau réalise une collection de prestige, baptisée Hexagone, à 250 exemplaires. La matière première est du bois issu de chênaies remarquables. Après celle de Rambouillet, puis de Belem (Normandie), Montagne de Reims, voici le tour cette année de celle de Versailles.

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Frédéric Rousseau (à gauche) et Jean-Christophe Rousseau aux commandes de la Tonnellerie Rousseau, aux portes du vignoble de Côte-d’Or . ©Tonnellerie Rousseau

Le ralentissement des affaires provient notamment des USA, le premier marché export de Tonnellerie Rousseau qui commercialise 60% de ses productions à l’étranger. Dans son atelier de Gevrey-Chambertin, le tonnelier produit 250 foudres et cuves par an (de 10.000 à 12.000 litres en moyenne). Tout ici est fabriqué sur-mesure. Car, « de simples contenants, les foudres sont, comme les tonneaux, devenus de vrais outils œnologiques ou tout entre en ligne de compte : le grain du bois, son hygrométrie, la chauffe ou cuisson… », explique Jean-Christophe Rousseau.

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Cuisson ou chauffe d’un tonneau. © Tonnellerie Rousseau

Sur le site de Couchey sortent encore 10.000 à 12.000 tonneaux par an, du fût bourguignon (228 litres) à la barrique bordelaise (225 litres), en passant par feuillette mâconnaise ou chablisienne, de respectivement 112 et 132 litres. Pas peu fier de leur progéniture, Jean-Marie Rousseau et Nicole Rousseau peuvent prendre une retraite bien méritée. La tonnellerie passe entre de bonnes mains avec un duo très complémentaire.

(*) A lire sur le site de la Fédération Nationale des Tonneliers de France : « Les Gaulois déjà maîtrisaient la fabrication des tonneaux qu’ils utilisaient pour la fameuse cervoise mais qu’ils projetaient aussi sur les armées romaines après les avoir emplis de poix. Les tonneliers de France ont formé des corporations dès le IXème siècle. En 1268, ils remettaient leurs statuts aux Hauts Jurés pour approbation, qui devaient être confirmés et complétés par Charles VII, Louis XIII et Louis XIV, ce dernier prenant en 1669 une ordonnance sur le statut des forêts, toujours en vigueur. »

(**) Le délignage consiste à retirer les parties de bois non utilisables : écorce et aubier.


Publié par Didier Hugue le 01 mars 2021 dans https://www.tracesecritesnews.fr


Pour en savoir plus :

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