WooDoo ou l’invention du bois augmenté en juillet 2018 WooDoo extrait la lignine du bois et la remplace par une résine végétale polymèrisée

, par christophe Juppin, Améry LAVAIRE

Fondateur de WooDoo, Timothée Boitouzet n’est pas un architecte comme les autres. Il a ainsi choisi de concevoir le matériau du futur avant de s’intéresser au dessin des bâtiments de demain. Et son invention est tout autant étonnante que prometteuse : un bois ultra-résistant et translucide qui pourra non seulement accroître le marché du bois construction, répondre aux enjeux de la ville durable mais aussi promouvoir un patrimoine forestier sous-valorisé. Entretien. Timothée Boitouzet est membre de la « communauté French Tech Troyes » labellisée le 03 avril 2019 pour les territoires #Troyes #Sens #Auxerre #Chaumont #Nogent

Timothée Boitouzet, vous êtes architecte de formation. Quelles raisons vous ont poussé vers la chimie et l’invention d’un nouveau matériau ?

C’est assez rare en effet que les architectes deviennent chimistes. Mais je considère que les architectes ne sont pas seulement des bâtisseurs. D’ailleurs, l’histoire de l’architecture en témoigne. Dans les années 1950 par exemple, Le Corbusier a aussi eu un rôle politique et social dans la reconstruction d’après guerre. Le bâtiment n’est pas un élément isolé. Il s’inscrit dans une vie urbaine. Sa conception répond donc à des dynamiques sociales, économiques et politiques qui dépassent le cadre de l’architecture stricto sensu.

Cette conviction, je l’ai murie tout au long de mon parcours. J’ai commencé par des études d’architecture, à Versailles d’abord, puis au Japon, où j’ai obtenu mon master. Là-bas, j’ai été très sensibilisé au bois. C’est un matériau de construction très répandu, dans l’habitat traditionnel mais aussi dans les constructions modernes. Et j’ai travaillé avec plusieurs architectes qui l’intégraient à leurs bâtiments. Kengo Kuma notamment, lequel a conçu le futur stade olympique de Tokyo, aujourd’hui en construction et majoritairement composé de bois.

J’ai réalisé que pour concevoir les bâtiments de demain, pour les rendre intelligents et répondre aux enjeux démographiques et environnementaux majeurs auxquels le monde fait face, il fallait que l’architecte lui-même s’engage dans ce qui détermine l’ADN d’un bâtiment. Et il ne s’agit pas seulement de forme mais bien de matériaux.

Si dans nos téléphones et nos télévisions, on trouve aujourd’hui des matériaux qui n’étaient pas encore utilisés il y a 30 ans ; dans la construction, on bâtit de la même manière ou presque depuis l’Antiquité. J’ai donc voulu mettre l’intelligence de l’architecte au profit de la matière et non simplement du bâtiment. Aussi ai-je choisi de commencer l’architecture à l’échelle moléculaire. Voilà pourquoi j’ai poursuivi mon parcours au MIT, à Harvard, en étudiant la chimie, la biologie moléculaire et la science des matériaux.

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Timothée Boitouzet lance sa start-up avec ce constat : « l’Hexagone est le troisième plus grand massif forestier d’Europe et possède des ressources naturelles considérables ».

Pourquoi avoir concentré vos recherches sur le bois ?

Au MIT, mes amis chercheurs en matériaux estimaient que c’était old school. Pour eux l’avenir se trouvait dans le graphène ou des polymères qui conduisent l’électricité.

Je ne partageais pas cet avis. Face à l’épuisement des ressources et à la nécessité de construire plus vite, plus haut et plus durablement, le futur, c’était les matériaux qui poussent seul. Et seul le bois a cette caractéristique.

Il y a aujourd’hui une pression croissante sur la disponibilité des matériaux. Et je ne parle pas seulement de terres rares. L’acier et le sable sont des ressources finies. Une fois qu’on aura tout miné, on sera obligé d’aller miner sur d’autres planètes. Ou alors, et c’est ma conviction, on n’arrête d’agir sans réfléchir et on change de paradigme.

Certaines données sont ahurissantes. Entre 2011 et 2013, la Chine par exemple, a consommé plus de ciment que les Etats-Unis pendant tout le 20e siècle. Nous assistons à une urbanisation galopante dans les parties les plus peuplées du globe. Il y donc urgence à se tourner vers des matériaux disponibles et durables. Et c’est le cas du bois.

Parlez-nous de votre innovation. Vous évoquez un bois augmenté, pourquoi ?

Le process est assez simple à expliquer. Il consiste à prendre du bois et à en extraire la molécule qu’on appelle la lignine. Un composant que l’on remplace ensuite par une résine végétale qui durcit à l’intérieur du squelette du bois. Ce process fait aujourd’hui l’objet d’un brevet pionnier. Je ne peux donc pas révéler tous les détails.

Je peux préciser en revanche que cette résine est synthétisée à partir d’une biomasse végétale présente sur tous les continents. Et que le processus de fabrication est encore en voie d’amélioration, grâce à l’équipe de chimistes hors pairs que compte WooDoo, la start-up que j’ai créée en 2016, après mon retour en France.

Mais le caractère novateur du bois mis au point par WooDoo tient déjà au fait que nous réussissons à extraire la lignine sans détruire la micro-architecture du bois d’origine. Ce qui est extrêmement difficile. De plus, le polymère qu’on y injecte donne de nouvelles propriétés physiques et optiques au bois. Il devient ainsi translucide, imputrescible et résiste mieux au feu. Il nécessite également beaucoup moins d’entretien car il ne s’oxyde plus au contact de l’air et de l’humidité. Résultat : le bois ne grisonne plus. Il ne va pas non plus se déformer ou être attaqué par des insectes, des champignons ou autres bactéries.

C’est la raison pour laquelle nous parlons de bois augmenté. Mais l’autre caractère innovant vient du fait que notre procédé va permettre de valoriser du bois de faible constitution. Je parle de bois pauvres, trop fragiles et qui finissent en bois de chauffage, en pate à papier ou en rien du tout. Le charme et le tremble par exemple ont beau être de belles essences, elles n’ont pas de débouchés aujourd’hui. Quant au peuplier, il finit soit en intérieur comme plaquage caché dans les structures, soit en pate à papier.

C’est un enjeu pour la France en particulier. Nous sommes la deuxième puissance forestière européenne, mais nous sommes déficitaires de 5,8 milliards d’euros chaque année. Car on ne valorise quasiment que le chêne.

Le bois WooDoo est-il conçu de manière responsable ?

Nous avons effectivement réalisé une analyse du cycle de vie. Et le résultat démontre l’intérêt environnemental de notre nouveau matériau. Il est ainsi deux fois moins énergivore que le béton, 17 fois moins que le verre et 30 fois moins que l’acier.

De plus, lorsqu’il sera fabriqué massivement pour intégrer le marché des bâtiments, les quantités de lignine extraites pourront être valorisées. La lignine deviendra alors un co-produit. Son potentiel est considérable en effet. Selon les experts, elle pourrait remplacer le pétrole dans bien des usages. Elle peut ainsi servir pour la production de médicaments ou de fibre de carbone biosourcée, et permet de produire de l’énergie verte via un processus de méthanisation.

Sa réutilisation nous permet donc d’assurer une économie circulaire au sein de notre propre processus de production, mais aussi d’en tirer des bénéfices économiques qui permettront de réduire le coût de production de notre matériau.

Quand pourra-t-il être commercialisé et utilisé dans la construction ?

Il y a des étapes préalables. Nous avons remporté 25 prix de l’innovation en 2017. Nous avons déposé 5 brevets et d’autres suivront. Mais atteindre le marché du bâtiment ne se fait pas du jour au lendemain. Pour des raisons économiques notamment. Je rappelle ainsi que pour fabriquer une façade d’immeuble, il faudra 30 000 m² de bois WooDoo. Pour fabriquer des centaines de milliers de mètres carré il faudra installer des usines, et donc lever des centaines de millions d’euros.

D’ici la fin de l’année 2018, nous allons lancer une première opération de levée de fonds d’envergure. Notre première ligne de production pilote pour des petites séries sera opérationnelle fin 2018.

Cela nous permettra au départ d’entrer sur des marchés plus spécifiques. Nous entamons notamment des collaborations très intéressantes pour le futur de la mobilité, et les intérieurs de voitures en bois, avec plusieurs constructeurs premium allemand, français et anglais.

Nous sommes aussi en train de déposer un brevet qui nous permettra de proposer un produit Smart Home très futuriste.

Puis viendra le marché de la construction. En tant qu’architecte, c’est bien sûr mon objectif. Et je crois que le bois WooDoo, sa résistance et surtout sa translucidité, intéresseront tout particulièrement les architectes.

Un article signé Usbek & Rica

Publié par Usbek & Rica le 27 juillet 2018 dans https://www.ga.fr/

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L’équipe de la communauté French Tech Troyes a constituée son équipe et a réunis son Board le 26 avril 2019

Pour en savoir plus :

- Rencontre inter-RDT « Exemples de nouveaux matériaux solides à base d’agro-ressources sur le marché » le 19 octobre 2006 à Reims
- Les nanotechnologies en toute simplicité.
- CinéTech N°26 : Le trésor que cachait la forêt
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