A Bure, l’Andra perfectionne son projet de stockage des déchets nucléaires dans son laboratoire grandeur nature

, par christophe Juppin

Alors que Sébastien Lecornu, secrétaire d’Etat à la transition Écologique a annoncé le mois dernier un débat public national sur la gestion des déchets nucléaires qui abordera « toutes les alternatives, sans privilégier l’option de l’enfouissement en profondeur » et que la justice a condamné des opposants au projet, le Laboratoire souterrain de l’Andra à Bure (Meuse) poursuit ses expérimentations dans la perspective du démarrage des travaux de construction du site de stockage Cigéo à l’horizon 2023.
Visite des lieux.

L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) devrait déposer courant 2019 sa demande d’autorisation de création d’un site de stockage de déchets nucléaires à Bure (Meuse), aux confins de la Meuse et de la Haute-Marne. Le projet baptisé Cigéo (Centre industriel de stockage géologique) prévoit d’entreposer 500 mètres sous terre les résidus les plus dangereux issus du parc français.

Ces colis à haute activité (HA) et moyenne activité à vie longue (MA-VL) ne représentent que 3,2% des volumes produits par EDF, le CEA et Orano (ex. Areva), mais concentrent 99% de la radioactivité. Ils sont actuellement entreposés à l’usine de retraitement de La Hague (Manche). En France, l’essentiel du volume des déchets (peu radioactif) est stocké dans l’Aube sur deux centres voisins à Soulaines-Dhuys et de Morvilliers.

Dans l’attente des premiers coups de pioche de Cigéo vers 2023, l’Andra poursuit ses recherches dans son laboratoire souterrain également à Bure. Creusés à 500 mètres sous terre à partir de 2000, les galeries qui s’étirent sur 1,8 kilomètre n’ont pas vocation à accueillir des colis radioactifs.

« Ce laboratoire sert à acquérir des connaissances scientifiques via l’observation et la mesure in situ des propriétés des argiles âgées de 160 millions d’années. Il permet également de mettre au point des techniques d’ingénierie », livre Sarah Dewonck.

L’adjointe au directeur du centre Meuse-Haute-Marne de l’Andra précise que le projet de stockage repose en grande partie sur les propriétés de la roche de 140 mètres d’épaisseur, car certains déchets resteront dangereux au-delà de 100.000 ans.

L’activité du laboratoire, autorisée jusqu’en 2030, se poursuivra parallèlement au démarrage de Cigéo. Le creusement de 400 mètres de galeries supplémentaires va d’ailleurs faire l’objet d’un nouvel appel d’offres. « Nous avons mis au point un concept pour le stockage des déchets à haute activité dans des alvéoles, mais nous comptons explorer d’autres alternatives, car au démarrage, Cigéo va essentiellement accueillir des MA-VL [déchets de moyenne activité à vie longue, ndlr ] », poursuit Sarah Dewonck.

Différentes expérimentations techniques

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Le laboratoire souterrain de l’Andra compte 1,8 kilomètre de galerie. La technique des voussoirs, utilisée dans le creusement de tunnels, est testée pour la résistance de l’ouvrage aux contraintes géologiques. © Philippe Bohlinger.

A 500 mètres sous terre, des alvéoles de 70 mètres de diamètre, perpendiculaires aux galeries, figurent les futurs stockages des déchets les plus dangereux (HA). Issus du broyage des barres de combustible, ces déchets sont enfermés dans une matrice vitreuse, elle-même conditionnée dans des colis en acier de 180 litres. La roche destinée à les accueillir est renforcée par des cylindres en acier.

« L’acier corrode plus rapidement qu’on ne l’imagine, c’est pourquoi nous testons actuellement le remplissage du vide entre la roche et le chemisage d’acier par du mortier  », livre Mathieu Saint-Louis, responsable communication à l’Andra.

Les galeries dédiées aux déchets les plus dangereux ont été creusées au brise-roche hydraulique et sont soutenues par des ceintures coulissantes accompagnant le mouvement de la couche argileuse dont la fracturation naturelle est d’environ 1 millimètre par an, évalue l’Andra.

Les colis de déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL) seront conditionnés différemment. Ils seront disposés par quatre dans des conteneurs en béton stockés via des ponts roulants dans d’impressionnantes galeries de 9 mètres de diamètre.

Pour limiter les contraintes géologiques horizontales (poussée des Alpes) et verticale (masse des terrains), l’Andra teste la technique des voussoirs, habituellement employée dans le creusement de tunnels. Des éléments en béton préfabriqués de 30 à 40 cm d’épaisseur viennent tapisser la paroi au fur et à mesure de l’avancée d’un tunnelier. « Il s’agit d’un challenge technique, car les voussoirs ont dû être descendus deux par deux, tandis que le tunnelier a été découpés en 150 sous-ensembles », poursuit le chargé de communication.

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L’Andra travaille sur l’amélioration de la structure des alvéoles destinées à accueillir les déchets à haute activité. © Philippe Bohlinger.

Les recherches portent également sur le scellement des galeries et des alvéoles. Ces opérations ne devraient intervenir qu’à l’issue de la période d’exploitation du site et au-delà d’une période de réversibilité de 100 ans. L’option retenue à ce stade est l’utilisation de bentonite, une argile gonflante, dont le volume augmente naturellement au contact de l’eau. L’Andra expérimente actuellement ce procédé via un dispositif technique accélérant l’apport d’eau qui se fera, dans les faits, sur des milliers d’années.

Chaque jour, les différentes expérimentations en cours font remonter en surface un million de données captées par 10.000 points de mesure. Le site de Bure emploie 350 personnes, dont 130 salariés de l’Andra.

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L’Andra exploite une banque d’échantillons environnementaux prélevés dans une zone de 200 hectares autour du site. © Philippe Bohlinger

Publié par Philippe Bohlinger le 04 avril 2018 dans www.tracesecritesnews.fr


Pour en savoir plus :

- CinéTech n°27 : Thorium, la face gâchée du nucléaire le 01 mars 2017 à Nogent
- Lecornu : « Moins mauvaise solution » à Bure-Saudron le 29 janvier 2018
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